À Brest, des éponges sont en verre
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Indispensables à l’écosystème marin, les éponges de verre du Finistère commencent à livrer leurs secrets.
Présentes par millions1 sur les fonds marins, les éponges de verre de la rade de Brest sont longtemps passées inaperçues. C’est en 2015, au cours d’une plongée que María López-Acosta, une chercheuse venue tout droit d’Espagne, découvre l’étendue du trésor brestois. « Je me rappelle très bien de sa réaction lorsqu’elle est sortie de l’eau ce jour-là, raconte Aude Leynaert, directrice de recherche CNRS en géochimie au Lemar2 à Brest. Elle n’en revenait pas, les éponges de verre étaient aussi abondantes qu’en Méditerranée ! » Depuis, les deux scientifiques tentent de percer les mystères de ces animaux très surprenants. Leur dernière étude révèle l’importance de ces organismes marins dans l’équilibre chimique de l’eau.
Dans le sédiment
Avant toute explication, précisons que les éponges de verre possèdent un squelette fabriqué à partir de la silice naturellement dissoute dans la mer. Jusqu’à 85 % des espèces d’éponges en sont dotées à travers le monde. Cela n’est donc pas rare, mais cette ossature singulière relève d’une importance vitale pour l’océan. En effet, lorsque les éponges meurent, la silice présente dans leur corps est séquestrée dans le sédiment. Ce faisant, elles constituent un formidable puits de silice et participent ainsi à l’équilibre de cet élément chimique sur Terre. « Lorsque les éponges sont apparues il y a 500 millions d’années, les concentrations de silicium étaient très élevées en mer. En l’utilisant pour former leur squelette, ces animaux ont bouleversé la chimie de l’eau », retrace la scientifique espagnole.
Les diatomées, des microalgues pourvues d’un exosquelette de verre, participent également au cycle de la silice. « Nous pensions que cette algue contribuait principalement au flux de silice dans la rade de Brest. Mais la découverte d’éponges de verre a chamboulé nos connaissances, explique Aude Leynaert. Nous devons maintenant étudier les échanges de silice entre ces deux organismes marins. » Au cours de ses nombreuses plongées brestoises, María López-Acosta a également observé une interaction peu commune : les nudibranches, des sortes de limaces de mer, raffolent des éponges de verre. Pour s’y attaquer, les petits gastéropodes grignotent soigneusement la partie située autour des spicules, des aiguilles microscopiques constitutives du squelette de leur proie. « Les nudibranches sont capables de décimer une population en une seule saison. Mais les éponges se renouvellent vite, contrairement à ce que nous pensions. »
Amas d'aiguilles de verre qui composent le squelette d'une éponge marine.
N. LLOPIS-MONFERRER - LEMAR / PH. ELIES - UBO
Pêche à la drague
L’observation sous l’eau a permis de dénombrer 53 espèces d’éponges dont 45 possèdent un squelette siliceux. Ou encore de constater qu’elles préfèrent les fonds avec du maërl3 ou de la roche. « Sur cette dernière, elles sont énormes, d’une hauteur de 50 cm et sont de différentes couleurs et formes », ajoute María López-Acosta. Malheureusement, cet écosystème diversifié est menacé par la pêche à la drague qui altère les fonds marins. Les éponges de verre requièrent donc une protection particulière.
1. En moyenne 10 individus par m².
2. Laboratoire des sciences de l’environnement marin.
3. Une algue rouge calcaire qui forme des bancs.
Aude Leynaert
aude.leynaert@cnrs.fr
María López-Acosta
lopezacosta@iim.csic.es
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