Climat : avis de tempête dans le monde des insectes
Les insectes en chute libre
Le changement climatique menace une grande partie du vivant. À Rennes, une équipe de biologistes étudie ses conséquences sur les insectes.
«Le dernier rapport du Giec1 prévoit une disparition de près de 30 % des espèces dans le cas d’un réchauffement global de 3 °C », avertit Cécile Le Lann, chercheuse en écologie au laboratoire Ecobio2 à Rennes. Mais pour cette spécialiste des écosystèmes agricoles, ce chiffre ne prend pas en compte les insectes : « Il est quasiment impossible de recenser toutes les espèces, et donc d’en estimer la proportion menacée par le changement climatique à l’échelle de la planète. » Le danger n’en demeure pas moins réel pour ces petits animaux dont la température corporelle correspond à celle de l’extérieur, comme les reptiles. « Ils sont particulièrement vulnérables aux événements climatiques extrêmes tels que les canicules ou les vagues de froid. La fréquence de ces bouleversements va pourtant augmenter. » D’après l’écologue, les populations d’insectes seront alors confrontées à trois possibilités : s’adapter, migrer… ou mourir.
Dangereuse douceur
Tous les organismes n’ont malheureusement pas les mêmes capacités d’adaptation ou de migration. « Dans les régions tempérées, les insectes ont une stratégie de survie comparable à l’hibernation, que l’on appelle la diapause et qui aide à supporter les événements extrêmes. » Mais en Bretagne comme partout ailleurs en Europe, les températures hivernales ne baissent plus suffisamment pour induire ce ralentissement métabolique. « Les insectes qui restent actifs en hiver sont moins résistants en cas de gel soudain. » Cécile Le Lann et ses collègues constatent ces changements aussi bien dans leurs tests au laboratoire que sur le terrain. Pour autant, certains individus parviennent tout de même à survivre et à engendrer une descendance plus résistante par effet de sélection naturelle. L’évolution des espèces sera-t-elle suffisamment rapide ? « Confrontés à des changements aussi fulgurants, les insectes qui ont un cycle de vie court, comme les pucerons ou les drosophiles, s’en sortent souvent mieux que leurs ennemis naturels. Cela pourrait devenir un problème pour les humains, car certains sont des ravageurs de cultures. »
Réaction en chaîne
L’arrivée de nouvelles espèces, poussées à la migration, présente également des risques. « Elles remontent vers le nord pour essayer de retrouver les conditions climatiques et les écosystèmes dont elles ont besoin. Certaines espèces invasives en profitent pour s’implanter dans des zones où elles n’ont pas de prédateurs. C’est le cas de la chenille processionnaire3, originaire de la région méditerranéenne, et du frelon asiatique. » En revanche, pour les espèces dépendantes d’une ressource alimentaire ou d’un écosystème très localisés, la fuite n’est pas envisageable : elles se retrouvent alors prises au piège… « Il y a à la fois un risque d’effondrement des populations d’insectes et un risque de déstabilisation des processus de régulation naturelle. Pourtant, nos rendements agricoles en dépendent. Cela devrait nous alerter. »
1. Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, rapport publié le 28 février.
2. Écosystèmes, biodiversité, évolution (CNRS, Université de Rennes 1).
3. Néfaste pour les pins et allergisante pour les humains.
Cécile Le Lann,
cecile.lelann@univ-rennes1.fr
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