Vélo en ville : une pratique à l'étude

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N° 397 - Publié le 23 février 2022
ARNAUD LOUBRY / RENNES VILLE ET METROPOLE
Des chercheurs s'intéressent à l'usage du vélo en ville, notamment grâce aux nouveaux aménagements.

Depuis le début de la pandémie, les villes ont encouragé la pratique du vélo. Des scientifiques ont étudié l’efficacité des aménagements à Rennes.

Au printemps 2020, un surprenant réseau de lignes jaunes est apparu subitement sur le bitume des métropoles. Ces pistes cyclables temporaires, surnommées “coronapistes”, sont devenues le symbole de l’adaptation des villes aux nouveaux enjeux sanitaires1. Pour Benoît Feildel, enseignant-chercheur en urbanisme à l’Université Rennes 2, ce type d’aménagement illustre certains principes élémentaires de l’urbanisme tactique. « Ce concept désigne une façon de transformer l’espace public grâce à des modes d’action réversibles, peu onéreux et à l’initiative des habitants. Certes, les pistes cyclables n’ont pas été peintes par les usagers eux-mêmes. Mais le dynamisme du tissu associatif2 a été un élément déclencheur. »

La culture du vélo

Alors que le phénomène se répandait à travers le monde, chercheurs et élus municipaux ont été interpelés : les coronapistes allaient-elles précipiter la transition vers des mobilités décarbonées ? Dans le cadre du projet Vélotactique3, une équipe pluridisciplinaire s’est coordonnée pour collecter des données dans 11 métropoles pendant une année, de Rennes à Montréal en passant par Genève et Bogotá. Dirigé par Benoît Feildel, le volet rennais a combiné plusieurs approches comme la cartographie, l’analyse des flux et l’enquête auprès des usagers. « Nous avons notamment suivi des cyclistes volontaires sur leur parcours quotidien. Nous les avons filmés en situation avant de les interroger pour recueillir leurs impressions. »

Résultat ? « C’est un succès incontestable ! » Dans la capitale bretonne, la fréquentation des pistes longeant les quais de la Vilaine a augmenté de plus de 150 %. Au-delà de l’intensification des flux, les questionnaires adressés aux usagers révèlent également une amélioration de leur sentiment de sécurité et de leur confiance en eux.

« La médiatisation des nouvelles pistes et leur visibilité accrue dans l’espace public ont mis un coup de projecteur sur la culture du vélo. » Les principales motivations des cyclistes avaient pourtant peu à voir avec le contexte sanitaire : « Ils ont surtout mis en avant l’aspect écologique, la liberté de déplacement et l’activité physique. »

Continuer les efforts

Malgré ces progrès, le chercheur ne relève pas de révolution dans les comportements. « La pratique s’est surtout intensifiée chez les personnes qui y avaient déjà recours. Dans les communes appartenant à Rennes Métropole4, la part du vélo est de l’ordre de 4 % des déplacements5. C'est encore très faible par rapport aux autres modes de transport. » L’expérience n’a pas non plus fait dévier les plans de la communauté d'agglomération puisque les pistes temporaires ont été aménagées sur des tronçons qu’elle prévoyait déjà de rattacher à son Réseau express vélo6. « Pour continuer d’encourager ce mode de transport, le prochain défi est d’assurer la continuité entre Rennes et les villes de sa première couronne. »

ALEXANDRA D’IMPERIO

1. Pour éviter de remplacer les transports en commun par la voiture individuelle, plus polluante.
2. Comme l’association Rayon d’action à Rennes.
3. Impliquant le CNRS, plusieurs universités françaises, l’Université de Lausanne et l’Université du Québec à Montréal.
4. Regroupant Rennes et 42 communes d’Ille-et-Vilaine.
5. Rennes Métropole vise 9 % en 2030.
6. Réseau cyclable sécurisé reliant Rennes et 15 communes limitrophes.

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