Un laboratoire dans les eaux australes
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Dès 2024, le Polar Pod dérivera dans les eaux impitoyables de l’hémisphère sud. Le but ? Glaner des informations sur cet univers polaire encore mal connu.
Un étrange navire devrait conquérir l’océan Austral d’ici deux ans. Avec sa forme en T caractéristique, le Polar Pod1 sort de l’ordinaire. Ce n’est pourtant pas son apparence qui est le plus spectaculaire, mais plutôt les données qu’il permettra aux scientifiques de recueillir. Porté par les courants, le Polar Pod devrait faire plusieurs fois le tour de l’Antarctique en continu et pendant trois ans. Un véritable défi technologique !
« L’océan qui entoure ce continent est difficile d’accès et peu étudié car les expéditions y sont rares et se déroulent essentiellement l’été », déplore Jean-Louis Étienne, médecin et explorateur. Pour cause : dans cette zone se trouve le courant circumpolaire2 antarctique, célèbre pour être le plus puissant au monde. Les marins le nomment d’ailleurs “les cinquantièmes hurlants”.
C’est dans ce contexte que Jean-Louis Étienne a réfléchi dès 2010 à un laboratoire océanographique capable de séjourner dans les mers agitées. Il a soumis ses idées à Laurent Mermier, le patron du cabinet d’architecture navale Ship ST basé à Lorient, et le projet Polar Pod est né. « En s’enfonçant dans l’eau, sa verticalité lui permettra de traverser une surface qui se déforme perpétuellement avec des grosses vagues. À l’inverse des bateaux classiques qui suivent le mouvement », explique l’ingénieur lorientais. Cette stabilité garantira le confort des huit passagers3, dont la moitié de scientifiques, qui séjourneront dans la nacelle.
Écouter la faune
Le navire sera complètement autonome. Six éoliennes produiront la majorité de l’énergie et des panneaux solaires thermiques chaufferont l’eau consommée par l’équipage. Le Polar Pod n’utilisera donc ni moteurs ni groupes électrogènes4 : un atout pour filer silencieusement, sans perturber la vie sous-marine. Les scientifiques pourront ainsi déployer des hydrophones pour écouter la faune et réaliser l’inventaire de la biodiversité qui évolue autour de l’Antarctique. Dans ces eaux froides et tumultueuses, le CO2 de l’atmosphère a tendance à se dissoudre beaucoup plus rapidement que dans les milieux tempérés. « À lui seul, l’océan Austral absorberait la moitié du gaz carbonique capté par l'ensemble des océans du monde, fait remarquer l’explorateur français. Nous mesurerons sa capacité à capter le CO2 pour mieux comprendre son rôle dans la régulation du climat. » En outre, le courant antarctique est crucial pour l’oxygénation et le refroidissement des eaux du globe.
Données physico-chimiques
Comme le Polar Pod dérivera en continu pendant les quatre saisons et sous toutes les longitudes, il récoltera de précieuses données physico-chimiques. De plus, les observations obtenues depuis le navire valideront ou non les mesures des satellites qui surveillent déjà le courant. Somme toute, l’étonnante stabilité en mer du laboratoire océanographique permettra de mener diverses expériences qui auront le même but : mieux comprendre l’océan Austral pour mieux le protéger.
1. Dont le maître d’ouvrage est l’Ifremer.
2. Autour d'un pôle.
3. L’équipage sera renouvelé tous les deux mois et le ravitaillement sera réalisé par le navire Persévérance.
4. Il en sera tout de même pourvu pour des raisons de sécurité.
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