Le plus vieil humain de Bretagne a été découpé !

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N° 397 - Publié le 23 février 2022
R. GAUGNE / J-B BARREAU / V. GOURANTON / G. MARCHAND / J. CALVO GOMEZ / R. COLLETER
Près de Quiberon, les archéologues font des découvertes incroyables.

Une clavicule retrouvée en 1985 à Quiberon présente des marques de brûlures et de découpes. Son analyse vient d’apporter des informations étonnantes.

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Des ossements humains, retrouvés lors d’anciennes fouilles1 près de Quiberon,  viennent de révéler leurs secrets. « Selon la datation par le carbone 14, le site mésolithique de Beg-er-Vil a plus de 8 000 ans indique Grégor Marchand, archéologue au Creaah2 à Rennes. Il s’agit, à ce jour, du plus ancien habitat maritime fouillé en France… mais aussi du mieux conservé ! »

Un marin nomade

Parmi les déchets alimentaires et les vestiges exhumés, figure une curieuse clavicule. En effet, elle n’est pas anodine : elle appartient au plus vieil humain retrouvé en Bretagne3. Selon la signature isotopique4, l’individu était un grand consommateur de produits de la mer, sans doute un chasseur-cueilleur marin de la côte atlantique. La taille de l’os indique qu’il s’agissait d’un jeune adulte. Mais beaucoup de mystères subsistent. La clavicule ne permet pas de déterminer le sexe d’une personne et l’analyse ADN n’a rien donné. Et ce n’est pas tout... L’os a été découpé en deux morceaux, brûlé aux extrémités et présente 24 stries. Le corps a été décharné post-mortem !

R. GAUGNE / J-B BARREAU / V. GOURANTON / G. MARCHAND / J. CALVO GOMEZ / R. COLLETER

Plusieurs hypothèses

Fière de son patrimoine, la mairie de Quiberon a souhaité une copie en 3D de la clavicule pour l’exposer. Cette initiative a donné l'idée aux chercheurs de créer une autre version 3D plus précise et détaillée. Ainsi, ils ont affiné les analyses des traces de transformation, de découpes et de leur angle d’attaque.

Les nombreuses stries sur ce petit os interrogent… Elles rappellent aux archéologues le procédé de découpe permettant à l’époque de décharner la viande et d’enlever les tendons d’un animal avec un outil en silex. Pourquoi un tel traitement ? Les scientifiques évoquent plusieurs hypothèses : un ennemi ou un étranger de passage qui aurait été mangé ? Un trophée de  guerre ? Le besoin de transporter le cadavre jusqu’à un endroit symbolique ? Dans tous les cas, il ne s’agit pas forcément d’un signe d’hostilité. « C’était un comportement assez fréquent au mésolithique, précise Grégor Marchand. À cette période de l’Histoire, il existait sans doute une proximité avec la mort et les défunts que nous ne connaissons pas aujourd’hui. »

Cette recherche pluridisciplinaire,  décrite dans une récente étude5 réunissant archéologues, informaticiens et anthropologues, a permis de documenter une pièce patrimoniale importante et d’en assurer la conservation. Prochaine étape : analyser l’os temporal, la mandibule et les phalanges également retrouvés dans ce village côtier.

CLAIRE THERON

1. Entre 1985 et 2012.
2. Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire (Université de Rennes 1, CNRS)
3. L’individu a vécu 8 200 ans avant nous.
4. En carbone et en azote.
5. Publiée dans la revue Applied Sciences en janvier.

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