Un métier entre art et science

Le verre dans tous ses éclats

N° 396 - Publié le 27 janvier 2022
JEAN-CLAUDE MOSCHETTI / ISCR / CNRS PHOTOTHEQUE
Souffleur de verre à l'Université de Rennes 1, Thierry Pain a reçu une médaille du CNRS.

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Artisans de l’ombre, les souffleurs de verre sont essentiels aux laboratoires. L’Université de Rennes 1, tout comme l’UBO à Brest, est dotée de sa propre équipe.

Dans un atelier de l’ISCR1, fioles, ampoules à décanter et réfrigérants s’empilent dans un équilibre fragile. La verrerie scientifique est la spécialité de Thierry Pain2, souffleur de verre et ingénieur au CNRS. Il travaille depuis trente ans aux côtés des chercheurs et des étudiants, pour fabriquer tous les éléments en verre nécessaires aux expériences des chimistes. « Les étudiants peuvent venir me voir avec leur projet. On cherche ensemble à l’améliorer et si possible à en réduire le coût. » Chaque pièce est pensée afin d’en faciliter le nettoyage et d’en accroître la longévité. « La réparation est aussi un aspect important de mon travail, à la fois dans un souci d’économie et pour éviter le gaspillage », souligne Thierry Pain. Sa présence sur le campus de Beaulieu est un avantage à tous les niveaux. « Étant faite sur place, la production est beaucoup plus rapide et “sur mesure”. Comme je suis salarié du CNRS, les étudiants ne payent que la matière première du verre, même si j’y passe une dizaine d’heures. »

Plus de 1 000 °C

Le souffleur utilise deux types de verre, la silice et le borosilicate . « Le premier est un verre pur que l’on travaille3 à 1 600 °C ! Il est utile pour les pièces qui vont être montées à haute température, car il ne se déforme qu’à partir de 1 100 °C. » Le borosilicate, moins cher, se déforme à 600 °C. Thierry Pain le chauffe au gaz de ville entre 1 200 et 1 400 °C. Les grandes pièces sont réalisées dans l’atelier voisin, à l’aide de deux tours.
« Pour les petites pièces, j’utilise un chalumeau. » Il s’installe à son poste de travail équipé d’une blouse et de lunettes filtrant la lumière, mais sans gants. « La flamme est dirigée très précisément, les risques de brûlure sont donc minimes. » Pour lui, le travail du verre est impossible sans le contact avec la matière. Le souffleur fait délicatement tourner le tube de verre entre ses doigts pour que la chauffe soit harmonieuse, et utilise parfois sa bouche pour souffler une bulle. Le geste semble facile mais témoigne d’années de pratique.

Délicatesse et motivation

Thierry Pain a appris le métier à Paris, dans la seule formation de France en verrerie scientifique4. « C’est un métier manuel qui ne se transmet que par l’expérience. Chacun a vraiment sa technique », note Éléonore Gold-Dalg, apprentie en CAP souffleur de verre, en stage avec Thierry Pain. « Le verre est un matériau fascinant mais exigeant. Il faut de la délicatesse et de la motivation, mais les possibilités sont infinies. » Le souffleur peut par exemple allier verre et métal en jouant avec les différents coefficients de dilatation des matériaux, pour créer des pièces uniques. La verrerie scientifique est d’ailleurs une discipline au concours du Meilleur ouvrier de France, tout comme la verrerie artistique : deux faces d’une même pièce.

SALOMÉ REMAUD

1. Institut des sciences chimiques de Rennes.
2. Médaille de cristal du CNRS 2020.
3. En utilisant un mélange d’oxygène et de propane, dont la puissance calorifique est plus élevée.
4. Le CAP et BT souffleur de verre, option verrerie scientifique, au lycée Dorian.

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