Paysages : quel avenir peut-on lire dans les cartes ?

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N° 394 - Publié le 26 novembre 2021
THIERRY BEUVE / PIXABAY

De l'agglomération de Fougères à la baie du Mont-Saint-Michel, des géographes ont cartographié la transformation future des paysages. Une démarche participative et innovante pour alerter les élus.

« Le bassin versant du Couesnon est l'une des principales zones de production laitière en France. L'évolution des paysages d'ici 2050 dépendra essentiellement des transformations de l'agriculture », explique Thomas Houet, directeur de recherche CNRS à l'Université Rennes 2 et membre de l'Osur1. Pour ce géographe spécialisé en sciences environnementales, la poursuite des objectifs de développement durable2 nécessite de sensibiliser les responsables locaux à une meilleure gestion des paysages. Ses outils : la cartographie et la modélisation.

Cinq futurs envisagés

« Les cartes permettent d'illustrer des scénarios prospectifs qui servent à éclairer les décideurs. » Cet été, le chercheur a multiplié les réunions publiques pour présenter les résultats de quatre années de recherches dans le cadre du programme européen Alice Interreg, qui vise à améliorer les dispositifs de planification territoriale su la façade atlantique. Les scénarios dévoilés sont le fruit d'une longue alternance entre travail en laboratoire et échanges avec les acteurs locaux.3 « Cela nous a permis de mieux comprendre les spécificités de leur territoire et de mieux prendre en compte certains facteurs politiques et économiques importants. Nous sommes ressortis de ces réunions avec des matériaux, des tableaux, des post-its, des dessins, des photos... »


Les informations recueillies ont ensuite été synthétisées sous forme de récits puis couplées à un modèle informatique pour simuler les futurs changements d'occupation des sols. « En résultent cinq scénarios possibles, bien que légèrement caricaturaux. Nous envisageons notamment l'intensification de la filière laitière, celle de la filère céréalière pour produire des agrocarburants, ou au contraire l'extensification de l'agriculture pour favoriser les ervices écosystémiques. » D'autres modèles informatiques ont permis d'évaluer l'impact environnemental de chacun des scénarios. Que nous enseignent les cartes pour l'avenir du Couesnon ? « D'un point de vue scientifique, il n'y a pas un scénario plus probable que les autres, insiste le chercheur. Mais en cas d'intensification de l'agriculture, les changements paysagers risquent de mettre en danger la biodiversité. »

Climat et pesticides

D'autres tendances lourdes sont malheureusement inévitables, comme le changement climatique. Dans le cas d'un scénario pessimiste, le débit du Couesnon pourrait être réduit de moitié en été. « Quand on met deux fois moins d'eau dans un verre avec la même quantité de sirop, la concentration de ce dernier est multipliée par deux. Ce sera pareil avec les nitrates ou les pesticides. Cet "effet sirop" risque d'accentuer les pics de pollution saisonniers. » Nouvelle étape, la doctorante Roberta Rigo va maintenant étudier la manière dont les responsables locaux d'approprient ces résultats. Une chose est sûre pour Thomas Houet : « On ne pourra plus dire qu'on ne savait pas ! »

ALEXANDRA D'IMPERIO

1. Observatoire des sciences de l'Univers de Rennes.
2. Fixés par l'Organisation des nations unies pour 2030.
3. Notamment des fonctionnaires, des chargés de mission, des techniciens et des élus.

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