Nos souvenirs sont-ils fiables ?

La mémoire qui flanche

N° 392 - Publié le 30 septembre 2021
L'ILLUSTRE FABRIQUE

Le temps, nos expériences, nos croyances et nos valeurs modifient nos souvenirs. De quoi douter de leur véracité…

« Je me souviens très bien, c’était… » Nous sommes tous persuadés de la sincérité des souvenirs que nous racontons. Pourtant, la mémoire n’est pas une caméra vidéo qui enregistre avec exactitude le film de notre vie. Nos souvenirs sont disparates et dispersés dans notre cerveau, tel un livre dont on aurait déchiré les pages. Et plus un souvenir est réactivé, moins il est fiable.
« Lorsque nous vivons un événement, notre cerveau garde en mémoire sa signification profonde, ainsi que des éléments de contexte comme le lieu, les sons et les émotions ressenties », explique Fabienne Colombel, chercheuse en psychologie cognitive au LPPL1 à l’Université de Nantes. Elle s’intéresse notamment aux faux souvenirs. « Ce sont des erreurs de mémoire que nous faisons tous lorsque nous nous remémorons une expérience. » Nous modifions, sans nous en rendre compte, les éléments de contexte, ces petits détails qui font pourtant l’authenticité de notre souvenir. « Souvent, nous les enjolivons, pour ne garder que ce qui nous arrange. » Ce phénomène est lié au fonctionnement de notre mémoire. « Elle est reconstructive : à chaque fois que nous nous remémorons un événement, nous le modifions et le réinterprétons. »

Une approche qualitative

Il existe plusieurs types de faux souvenirs.  « Ce sont des distorsions d’une expérience ou bien le fait d’être persuadé d’avoir vécu un événement alors que ce n’est pas le cas. » Au laboratoire, Fabienne Colombel et ses collègues étudient le mécanisme de déformation. « Nous nous intéressons à l’aspect qualitatif des performances de notre mémoire et à la nature de ses erreurs afin de mieux comprendre son fonctionnement. » Pour cela, l’équipe provoque de faux souvenirs bénins chez des participants2. Et pour y parvenir, la suggestion s’avère être une arme redoutablement efficace ! Par exemple, une vidéo d’un accident de la route est présentée aux volontaires. À la fin du visionnage, les chercheurs les interrogent sur leur compréhension de l’événement en introduisant des informations erronées dans leurs questions : la voiture n’est plus blanche mais rouge, le conducteur est devenu une conductrice etc. Une semaine plus tard, les participants sont réinterrogés sur la vidéo. « Nous remarquons qu’une grande partie d’entre eux ont intégré dans leurs discours des informations erronées que nous leur avions suggérées. » Et selon les individus, la quantité d’erreurs varie. En effet, il semblerait que les personnes âgées soient plus sensibles aux faux souvenirs. « Souvent, elles ne savent plus où elles ont entendu l’information ni qui la leur a délivrée. » Les recherches se poursuivent pour évaluer notamment si la perte de certaines capacités cognitives avec l’âge explique la modification plus ou moins importante de nos souvenirs.

MARIE HILARY

1. Laboratoire de psychologie des Pays de la Loire.
2. Qu’ils soient enfants, adultes ou âgés.

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