Un territoire expérimental pour la planète
Actualité
Les observatoires bretons et ligériens vont mutualiser leurs données pour élaborer des scénarios d’avenir. Les résultats pourraient dépasser les frontières.
Les humains sont devenus l’une des principales forces de transformation des milieux naturels. « On parle aujourd’hui de socio-écosystèmes parce qu’on ne peut plus dissocier l’évolution des écosystèmes de l’évolution de nos sociétés. C’est ça, l'ère de l’anthropocène », explique Frédéric Jean, directeur de l’IUEM1 à Brest. « Pour anticiper l’avenir et être éventuellement capable de s’adapter, il faut observer les changements sur le temps long, au fil des saisons, des années et des décennies », complète Jean-Raynald de Dreuzy, directeur de l’Osur2 à Rennes.
De la terre à la mer
Dans cette perspective, les deux confrères ont initié le projet interdisciplinaire Glaz, en partenariat avec l’Inrae3, la MSHB4 et l’Osuna5. Le nom de ce projet n’a pas été choisi au hasard : il vient du terme breton qui désigne un ensemble de nuances entre le bleu, le vert et le gris, emblématique de la complexité des enjeux écologiques. Les observatoires présents en Bretagne et en Pays de la Loire seront réunis au sein d’une même organisation de recherche pour renforcer leurs capacités d’observation et de simulation.
« En Bretagne, nous sommes très préoccupés par l’élévation du niveau de la mer et les modifications du cycle de l’eau », confie Jean-Raynald de Dreuzy. La ressource en eau est cruciale pour de nombreuses activités humaines, dans les métropoles comme en milieu rural. « En aura-t-on encore suffisamment demain ? La question se pose particulièrement dans le bassin rennais. » Une plateforme d’observations réunira les données des différents réseaux de capteurs. Elle servira à traquer les flux d’eau, d’énergie et de matières tout au long du continuum terre-mer, en incluant les pesticides et les perturbateurs endocriniens. Un ensemble de dispositifs numériques, dont l’intelligence artificielle, permettra ensuite d’extrapoler ces données pour dégager des scénarios futurs.
« Ce qu’il se passe en amont conditionne ce qu’il se passe en aval. Face au risque d’augmentation des conflits, il faut trouver des moyens de favoriser la solidarité. » C’est pourquoi les chercheurs mèneront ce projet en étroite collaboration avec les collectivités territoriales et les entreprises. « Interroger la gestion de ces ressources revient à nous interroger sur notre manière de faire société », souligne Frédéric Jean. D’autant que les résultats pourraient apporter des enseignements au monde entier…
Un exemple scientifique
« Dans notre région, le cycle de l’eau est très rapide : entre la source et l’estuaire d’un fleuve, il n’y a parfois que 60 km ! La Bretagne est un continent modèle réduit qui condense tous les systèmes continentaux, littoraux et côtiers observés à l’échelle de l’Europe », fait valoir Frédéric Jean. On peut dire que c’est un territoire expérimental pour l’ensemble de la planète.
1. Institut universitaire européen de la mer.
2. Observatoire des sciences de l'Univers de Rennes.
3. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
4. Maison des sciences de l'homme en Bretagne.
5. Observatoire des sciences de l'Univers de Nantes Atlantique.
TOUTES LES ACTUALITÉS
du magazine Sciences Ouest