Sélune : la vie après le barrage
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La destruction du barrage de Vezins, dans la Manche, a mis à nu les berges du fleuve. Des chercheurs rennais y étudient la restauration des écosystèmes.
L’important barrage de Vezins vient d’être détruit1 pour restaurer la continuité écologique. Il était installé depuis une centaine d’années sur la Sélune, petit fleuve qui se jette dans la baie du Mont-Saint-Michel. « La vidange de la retenue d’eau a laissé des berges à nu, sans végétation, sur une trentaine de mètres. On est passé d’un lac à un cours d’eau », explique Christophe Piscart, écologue CNRS au laboratoire Ecobio2 à Rennes. C’est sur ce site exceptionnel qu’il coordonne le projet Restaure3 avec Simon Dufour, géographe au LETG4. L’objectif est de comprendre comment la vie s’y développe à nouveau.
Invertébrés terrestres et aquatiques
Pendant trois ans, les données liées à l’évolution de la morphologie du fleuve ont été croisées avec la recolonisation de l’eau et des berges par la végétation et par les espèces d’invertébrés terrestres et aquatiques. « Tout est extrêmement imbriqué entre l’eau et les rives ! Les organismes vivants ne sont pas les mêmes selon la taille des sédiments, des pierres ou des grains de sable grossiers. Petit à petit, la croissance de la végétation sur les rives limite l’érosion et contrôle l’apport d’éléments nutritifs dans l’eau. »
Pour comprendre ces interactions, les chercheurs inventorient sur place les invertébrés aquatiques et terrestres ainsi que la végétation. « La composition du plancton est analysée plusieurs fois en été et des sondes relèvent la turbidité de l’eau en permanence », poursuit l’écologue spécialiste des eaux douces. Pour savoir qui mange quoi, un suivi annuel isotopique de tissus d’animaux5 est réalisé. En parallèle, un drone cartographie deux fois par an quatre zones situées au niveau de l’ancienne retenue d’eau. Les centaines d’images renseignent les géographes sur la forme de la rivière ainsi que sur la hauteur de l’eau et de la végétation. Un vol par avion permet aussi d’étudier l’érosion des berges et d’identifier comment d’anciens aménagements humains réapparus influencent le lit de la rivière.
Un site résilient
Les premiers résultats montrent une belle résilience du site. « En moins d’une année, les berges se sont recouvertes de végétation avec une biodiversité représentative de la région. Il y a peu d’espèces invasives pour l’instant. On relève la présence de saules, d’aulnes et de nombreux herbacées et roseaux, souligne Simon Dufour. Cependant, le développement végétal n’est pas uniforme, sans doute en raison de la nature des sédiments et de la gestion du projet d’arasement. »
Malgré ces signaux positifs, les ressources seront-elles suffisantes pour que cette biodiversité se maintienne ? « Actuellement, la nourriture disponible est majoritairement des algues. Cela devrait se complexifier avec notamment l’apport de feuilles mortes », poursuit Christophe Piscart. Quoiqu’il en soit, cette étude devrait faire référence sur la façon dont la nature reprend place après le retrait d’un barrage.
1. Haut de 36 m et long de 278 m, il a été démoli fin 2020.
2. À l’Osur (CNRS, Université de Rennes 1).
3. Depuis 2019, dans le cadre du programme Sélune.
4. Laboratoire Littoral, environnement, télédétection, géomatique (CNRS, Université Rennes 2).
5. Renseigne sur la chaîne alimentaire.
Christophe Piscart
christophe.piscart@univ-rennes1.fr
Simon Dufour
simon.dufour@univ-rennes2.fr
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