Naissance d’un volcan sous-marin

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N° 391 - Publié le 26 août 2021
GEOFLAMME 2021
Photographie d’une coulée de lave prise par Victor 6 000 à plus de 2 700 m de profondeur.

C’est un événement rare. Pour la première fois au monde, un volcan actif quasiment abyssal est étudié par une poignée de scientifiques.

À plus de 3 000 m sous la surface de la mer, un volcan est en train de naître au large de Mayotte. Une aubaine pour les chercheurs. « C’est le seul volcan actif étudié à ces profondeurs. Un objet de recherche scientifique inédit ! À
3 500 m, la pression de l’eau est d’environ 350 bars, tout est différent : la composition de la lave et son écoulement », s’enthousiasme Emmanuel Rinnert, chercheur à l’unité Géosciences marines de l’Ifremer1 à Brest. En plus d’être très jeune, le volcan a produit depuis sa sortie en novembre 2018 plus de six kilomètres cubes de lave. C’est l’équivalent d’une couche de plusieurs dizaines de mètres qui recouvrirait la ville de Paris. Il faut dire que dès sa naissance il a rejeté une quantité de lave représentant au moins un quart, voire la moitié de tout le volume de lave émise sur le fond marin à travers le globe !

Arsenal d’outils

Du 17 avril au 25 mai, Emmanuel Rinnert était l’un des trois chefs de mission de la campagne Geoflamme2 à bord du navire océanographique Pourquoi pas ? Avec 70 autres scientifiques triés sur le volet, il a observé de plus près la naissance géologique du volcan sous-marin. L’objectif ? Comprendre sa formation, son évolution et ses effets sur l’environnement. Un véritable arsenal d’outils a recueilli des informations variées. Par exemple, le dragage des fonds a permis la récolte de blocs de lave. « À leur remontée certains étaient encore très riches en gaz et éclataient même sur le pont ! » Plus encore, des sondeurs multifaisceaux appareillés sous la coque du navire ont bombardé le fond marin d’ondes acoustiques, ensuite renvoyées jusqu’au bateau. « Cela nous a permis de cartographier la zone et de déterminer sa nature, explique le géochimiste. Dès sa naissance le volcan a émis beaucoup de particules comme des cendres, différents gaz et matières observables sous forme de panache acoustique3. » Enfin, en plus de prélever des échantillons de fluides à des endroits très précis du volcan, le submersible Victor 6 000, de la taille d’une voiture citadine, a enregistré des images de haute définition à 2 m du fond. Un moment magique visualisé en direct par les navigants.

Des traces de vie

Les prélèvements ont d’abord été inspectés à bord du Pourquoi pas ? avant leurs analyses plus poussées qui se sont déroulées en juillet, à terre, lorsque le navire a terminé son périple dans le port de Toulon. En attendant les résultats, les chercheurs remarquent déjà une concentration importante en dioxyde de carbone et en méthane dans les fluides récoltés. Et à proximité des zones d’émission, des traces de vie sont déjà visibles telles que des biofilms de micro-organismes et des crevettes. « C’est rare de pouvoir étudier aussi vite un jeune volcan, confie Emmanuel Rinnert. Il a été détecté rapidement car il se situe à seulement 50 km des côtes à l’est de Mayotte. » Reste que les Mahoraises et Mahorais peuvent dormir sur leurs deux oreilles, le volcan gronde sous l’océan mais le risque de tsunami s’avère relativement faible.

PAULE-ÉMILIE RUY

1. Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.
2. Coordonnée par l’Ifremer et l’Institut de physique du globe de Paris et réalisée avec les moyens de la Flotte océanographique française.
3. Grand nuage de poussières détectable grâce aux ondes acoustiques.

Emmanuel Rinnert,
emmanuel.rinnert@ifremer.fr

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