Une île expérimentale
Des îles et des hommes
Sur une île de l’archipel de Molène, dans le Finistère, deux habitants vivent en autonomie. Leur mission ? Conserver le patrimoine naturel et bâti, en collaboration avec le Conservatoire du littoral.
C’est un véritable laboratoire de développement durable planté en mer d’Iroise ! L’île de Quéménès, avec ses 30 hectares de terre ferme, héberge depuis 2008 différents “naufragés volontaires” qui s’attellent à la préservation du patrimoine naturel et bâti1 de l’île.
Les deux seuls occupants de Quéménès, Amélie Goossens et Étienne Menguy, cultivent des pommes de terre, de l’ail, des oignons et des échalotes issus d’une agriculture biologique. « Sans fertilisant ni traitement, cela demande une certaine rigueur », avoue l’îlienne. Car le duo n'est pas là juste pour le plaisir. Il doit répondre aux missions du Conservatoire du littoral, propriétaire de Quéménès depuis 20032. Et développer une activité agricole pérenne, viable et la plus propre possible en fait partie.
Façonner sans éroder
C’est un réel défi au quotidien. Là-bas, pour façonner le paysage il faut composer avec les éléments naturels… Comme le lapin de ga-renne. « Il est quasi menacé sur le continent, mais ici, avec le climat tempéré3 de Quéménès, il se reproduit à l’année, il n’a que très peu de prédateurs et détruit les cultures », confie Amélie Goossens, ancienne ingénieure spécialisée dans le bois. En attendant que la population de lapins soit régulée naturellement par la myxomatose, une maladie virale, les deux îliens doivent trouver des solutions pour protéger leur exploitation sans éroder la biodiversité. « Nous utilisons des filets autour des plantations et nous envisageons un programme de reprises du lapin de garenne afin de le réintroduire sur le continent. » Pour le couple de Robinson, le secret pour tenir le cap sur une île reste la polyvalence. Si leur récolte n’est guère fructueuse, ils se tournent vers la cueillette d’algues, l’élevage de moutons et l’accueil du public grâce à la maison d’hôte de Quéménès.
Autonomie énergétique
Cette activité est aujourd’hui rendue possible grâce à l’autonomie énergétique de l’île. L’électricité provient d’une éolienne et de 52 m² de panneaux photovoltaïques. Cependant, Amélie Goossens tient à le préciser : « le tracteur roule au carburant. La vie est faite de compromis, encore plus lorsqu’on vit sur une île. » Les toitures de trois bâtiments de la ferme récoltent par percolation l’eau de pluie, sûrement la ressource la plus précieuse. Au moins 20 m3 d’eau peuvent être stockés.
Outre son modèle de production énergétique, Quéménès a une particularité : aucun arbre ne pousse sur l’île. Si ce paysage dominé par les graminées, les cristes marines ou encore les salicornes semble monotone, ce n’est qu’une apparence. Pléthore d’insectes s’épanouissent au sein de cet environnement situé à 9 km du continent et qui fait l’objet d’études naturalistes. Laboratoire à ciel ouvert expérimentant la sauvegarde du patrimoine, l’île de Quéménès donne inéluctablement des songes d’évasion.
1. Notamment une ancienne ferme du 20e siècle, en plus des menhirs, des chambres mégalithiques ainsi qu’une tombe datée entre – 4300 et – 4500.
2. L’île appartenait auparavant à la famille Tassin.
3. Le climat est plus constant que sur le continent et les hivers sont moins froids.
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du magazine Sciences Ouest