Un nouveau suivi des espèces marines
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Fish Intel va suivre les déplacements d’espèces marines dans la Manche. Ce projet pourrait aboutir à de nouvelles mesures de protection.
Lieu jaune, bar, langouste et thon rouge ! Les sons émis par ce quatuor seront écoutés de près dans les eaux de la Manche via le projet Fish Intel1. Dès cet été, des récepteurs acoustiques seront posés dans sept sites différents, dont trois en France : la mer d’Iroise, la baie de Saint-Brieuc et la baie de Seine (Normandie).
Ces récepteurs ne capteront pas directement les sons des animaux... « Les poissons seront capturés et vont subir une chirurgie, afin de leur implanter un émetteur d’ondes2 de six centimètres. Pour les langoustes, le dispositif sera placé sur une patte. Toutes les espèces seront remises à l’eau », détaille Mathieu Woillez, chercheur en biologie halieutique au centre Ifremer à Plouzané, près de Brest. Lorsque l’animal passera à quelques centaines de mètres d’un récepteur, il sera détecté. Les biologistes pourront ainsi retracer son parcours. « Les émetteurs mesureront aussi la température et la pression de l’eau, ce qui donnera des informations de géolocalisation supplémentaires. » Cinquante langoustes seront marquées, ainsi qu’un total de 250 poissons, bars et lieus jaunes confondus. « Le bar supporte bien l’opération chirurgicale. Nous avons moins de certitudes sur le lieu jaune », explique le biologiste. Pour le thon rouge, les opérations seront menées exclusivement par l’Université d’Exeter3.
Avec les pêcheurs
Chaque espèce va occuper des sites privilégiés pour sa croissance, son alimentation, ou encore sa reproduction. « Connaître ces lieux nous permettra de formuler des recommandations pour la préservation des espèces. Elles pourraient aboutir à de nouvelles règles, à définir avec les pêcheurs », explique Katia Frangoudes, chercheuse en gouvernabilité des ressources marines4 à l’UBO5. Mais le rôle des pêcheurs locaux va bien au-delà : ils sont au cœur de Fish Intel. « Leurs connaissances sont indispensables pour identifier les zones propices à l'accueil des récepteurs. Ces derniers doivent être proches des aires fréquentées par les espèces marines, sans risquer d’être embarqués par un engin de pêche », précise Mathieu Woillez. Installés jusqu’à 60 m de fond, les récepteurs disposeront d’un système de bouée pour être récupérés. Chaque année, les batteries seront changées et les données collectées.
Un Brexit sans influence
Fish Intel est financé à hauteur de quatre millions d’euros par le programme européen Interreg. « Ce financement est tombé juste après l’officialisation du Brexit et assure le programme jusqu’en mars 2023. À cette date, nous devrions avoir assez d’informations pour démontrer l’intérêt d’un réseau acoustique », espère Mathieu Woillez. D’autres fonds permettraient ensuite d’étendre le projet à d’autres espèces, comme des raies ou des requins.
1. Ce projet réunit des partenaires francais, belges et anglais.
2. Les ondes sont émises à 69 kHz.
3. Sud-Ouest de l’Angleterre.
4. Sciences politiques appliquées aux ressources marines.
5. Université de Bretagne Occidentale.
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