Infections : le rôle du microbiote

Notre univers microbien

N° 389 - Publié le 28 mai 2021
ANTOINE BORZEIX

Grâce à l’activité physique, le microbiote intestinal représenterait un allié de taille contre les infections.

« Selon plusieurs études, environ 50 millions de personnes souffrent de sepsis chaque année à travers le monde. En 2017, 11 millions d’individus en sont décédés », précise Véronique Vermeersch, médecin en réanimation au CHRU1 de Brest. Le sepsis est une inflammation causée par une réponse immunitaire disproportionnée à une infection. L’exercice physique, grâce à son action sur la composition du microbiote intestinal, limiterait les évolutions sévères du sepsis. La médecin réalise actuellement une thèse, au sein du laboratoire Orphy2 à Brest, où elle s’intéresse à ces interactions étonnantes chez les souris.

Réponse dévastatrice

Avant toute explication, un bref voyage dans l’organisme s’impose. Le corps humain est sollicité en permanence par des germes qui peuvent devenir pathogènes. Dans ce cas, les cellules immunitaires se déploient au sein de l’organe ou du tissu où se trouve le micro-organisme infectieux afin de l’éliminer. Cela entraîne une inflammation localisée bénéfique. Mais parfois, en riposte au même germe, la réponse immunitaire s’emballe et devient dévastatrice.
« L’inflammation se généralise à tous les organes, même ceux isolés de l’infection initiale, et entraîne leur défaillance. » C’est le sepsis. Pourquoi, face au même germe, certains corps contre-attaquent différemment ? Les mécanismes à l’origine de cet affolement immunitaire restent mal élucidés. Cependant, une piste préventive permettrait d’augmenter les chances de survie à l’issue d’un sepsis : l’exercice physique régulier et d’intensité modérée. Chez les souris, il améliore leur pronostic vital car il modulerait l’abondance et la diversité des bactéries du microbiote intestinal. « Ce dernier sécrète des métabolites, comme des acides gras à chaînes courtes, qui agissent sur les cellules immunitaires », précise la chercheuse.

Immunité innée

Ainsi, la pratique sportive influencerait positivement la santé microbienne de la flore intestinale, dont le rôle dans l’immunité innée3 est alors amplifié.
« Chez la souris, mais aussi chez l’être humain, l’abondance de certaines bactéries du microbiote intestinal qui sont associées à des situations pathogènes, comme les Bacteroidetes, diminue à la suite de divers entraînements physiques. A contrario, les Lactobacillus qui sont plutôt anti-inflammatoires augmentent. » L’activité physique est aussi bénéfique pour les personnes souffrant de pathologies métaboliques, cardio-vasculaires ou inflammatoires.  « Cela souligne combien il est important d’adopter des bonnes habitudes de vie, assure Véronique Vermeersch. Et de s’intéresser aux interactions entre la pratique sportive et le microbiote dans la lutte contre les germes pathogènes. »

PAULE-ÉMILIE RUY

1. Centre hospitalier régional et universitaire.
2. Optimisation des régulations physiologiques.
3. Elle est impliquée dans la première réponse du système immunitaire à un agent pathogène encore inconnu.

Véronique Vermeersch
veronique.vermeersch@chu-brest.fr

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