Les derniers soldats de la Bretagne indépendante

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N° 389 - Publié le 31 mai 2021
ROZENN COLLETER / INRAP

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Des squelettes de soldats, retrouvés au couvent des Jacobins à Rennes, viennent d’être identifiés. Les scientifiques ont déterminé pour quel camp chacun se battait.

Médecine légale, géochimie, anthropologie, archéologie, histoire… Certaines découvertes nécessitent une multitude de compétences. C’est le cas des squelettes retrouvés en 2013 dans deux fosses, à l’abord du couvent des Jacobins1 à Rennes. La première contenait 28 squelettes, alors que la seconde en abritait quatre. Les études anthropologiques ont montré qu’il s’agissait d’hommes jeunes avec des marques de coups. Ils étaient des soldats.

Bataille d'Anne de Bretagne

« D’après les historiens, ils ont combattu lors de la dernière bataille d’Anne de Bretagne, en 1491. Rennes était alors assiégée par le roi de France, Charles VIII », raconte Rozenn Colleter, archéo-anthropologue à l’Inrap2 à Rennes. Une nouvelle étude vient de montrer que les quatre soldats enterrés dans la petite fosse ont défendu la Bretagne. Les 28 autres individus ont des origines diverses telles que le Poitou, les Alpes ou encore le Rhône. « Une majorité de Bretons ont pu être enterrés près de leur famille, ce qui explique qu’il y a moins de squelettes malgré la défaite », raisonne Rozenn Colleter. Les Bretons sont aujourd’hui souvent identifiables grâce au Gwenn-ha-Du3. Mais dans la fosse, il ne restait que des ossements pour établir leur origine. Les archéologues ont fait appel à deux géochimistes4, spécialistes des isotopes. Ce sont des atomes qui ont gagné ou perdu un neutron5. Leur masse est donc légèrement modifiée. La proportion de ces éléments varie en fonction de nombreux facteurs environnementaux : les isotopes de l’oxygène sont moins présents en altitude, ceux du strontium fluctuent suivant le type de roche, alors que ceux du soufre se retrouvent plutôt à proximité des côtes. À partir des données de 221 sites archéologiques européens, des cartes prédictives ont été établies. Elles déterminent les potentiels lieux de vie des individus en fonction des proportions d’isotopes prélevés sur leur squelette. « Les os, qui se renouvellent au cours du temps, renseignent plutôt sur les dernières années de vie. Les dents, quant à elles, offrent des indications sur le lieu où les soldats ont passé leur enfance », explique l’archéologue.

Affiner la localisation

Si les isotopes d’oxygène et de strontium avaient déjà été utilisés pour d’autres fouilles, c’est la première fois que celui du soufre est mis à contribution. « Plus nous utilisons d’éléments différents, plus la localisation est précise. » À l’avenir, ces cartes isotopiques pourront être élargies au-delà de l’échelle européenne, ou encore être appliquées à de nouveaux éléments. Elles serviront aussi à lever les mystères sur d’autres sites archéologiques. Car pour le couvent des Jacobins, la suite de l’histoire est déjà connue : le traité de paix est signé, et quelques jours plus tard, Anne de Bretagne se marie à Charles VIII, marquant la fin de la Bretagne indépendante.

BENJAMIN ROBERT

1. Le lieu abrite aujourd’hui le Centre des congrès.
2. Institut national de recherches archéologiques préventives.
3. Drapeau de la Bretagne.
4. Klervia Jaouen du laboratoire Géosciences environnement Toulouse et Clément Bataille de l’Université d’Ottawa au Canada.
5. Une particule présente dans le noyau des atomes.

Rozenn Colleter
rozenn.colleter@inrap.fr

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