Deux requins suivis par satellite

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N° 385 - Publié le 7 janvier 2021
JEAN-FRANÇOIS LE ROUX / APECS
Une balise satellite est posée sur un requin-taupe commun.

Des requins-taupe sont observés près de la Côte de granit rose. Les biologistes suivent ces poissons très discrets et méconnus.

Un squale méconnu, le requin-taupe commun, sillonne les eaux bretonnes.
« Cette espèce a toujours été présente dans la Manche, indique Éric Stéphan, coordinateur de l’Association pour l’étude et la conservation des sélaciens1 (Apecs), à Brest. Mais depuis 2012, l’association reçoit davantage de signalements de requin-taupe près des côtes du Trégor-Goëlo, dans les Côtes-d’Armor. » La communauté scientifique n’explique pas encore l'augmentation de ces observations.

D’habitude difficile à observer

« Nous ne savons finalement pas grand-chose de ce requin », constate Sandrine Serre. Cette ingénieure agronome, familière des écosystèmes marins, mène l’enquête sur ce gros poisson dans le cadre d’une thèse co-encadrée par le Laboratoire des sciences de l’environnement marin à l’IUEM2 et par l’Apecs. Elle veut identifier ses zones privilégiées de reproduction, de naissance et d’alimentation. « Nous nous concentrons sur la zone du Trégor-Goëlo, afin de savoir pourquoi les individus s’y regroupent en surface de manière saisonnière, explique-t-elle. Le requin-taupe fréquente les eaux du large, c'est pourquoi il est d’habitude difficile de l’observer. »
En septembre dernier, Sandrine Serre et l’Apecs ont posé des balises sur deux requins. Celles-ci émettront pen-dant un an et dévoileront les déplacements de leurs hôtes. « Nous prélevons aussi des échantillons de tissus pour analyser certains traceurs biologiques. Ils nous indiquent le régime alimentaire du requin, ainsi que les lieux où il s’alimente. » Ces méthodes peu invasives sont très différentes de celles du passé, qui s’appuyaient sur sa pêche. Cette thèse fait partie du projet Lamna3, conçu par l’Apecs, pour mieux comprendre et conserver le requin taupe commun.
« Cette espèce est menacée dans les eaux européennes. Elle a été pêchée dans l’Atlantique nord-est, au nord des îles britanniques, en mer Celtique, dans le Golfe de Gascogne et dans la Manche4 », explique Éric Stéphan. Les scientifiques n’ont que très peu d’indices sur l’état des populations de ce squale, mais il est aujourd’hui en danger critique d’extinction. Sa pêche est interdite depuis une décennie dans les eaux européennes.

Tous les usagers de la mer

Le projet Lamna contribue aussi à la sensibilisation du public, grâce à des conférences et à la diffusion de documentaires. « Nous souhaitons également impliquer les usagers de la mer, les plaisanciers, les plongeurs et les pêcheurs afin de construire un diagnostic partagé sur le requin-taupe » conclut le coordinateur de l’Apecs.

PAULE-ÉMILIE RUY

1. Désignent les poissons à squelettes cartilagineux. Ce terme est aujourd’hui remplacé par élasmobranches.
2. Institut universitaire européen de la mer.
3. Du nom latin du requin taupe, Lamna nasus. Projet financé durant 4 ans par l’Union européenne (Feamp), la Région Bretagne, l’Office français de la biodiversité et des partenaires privés.
4. Ce requin était consommé sous l’appellation de veau de mer.

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