Une super maison basse-technologie
La révolution de l'habitat
À Concarneau, deux ingénieurs ont divisé par trente l’empreinte carbone d’un habitat expérimental, grâce à des technologies simples et durables (low-tech).
«Pendant un an, nous avons vécu de façon autonome dans une tiny house de 14 m² », raconte Pierre-Alain Lévêque. Cet ingénieur de l’Icam1 fait partie de l’association Low-tech lab de Concarneau. Avec son collègue Clément Chabot, il a habité l’année dernière dans une maisonnette en bois, coupée des réseaux d’eau et d’électricité. « Nous avons produit notre énergie grâce à des low-tech. Ces technologies sont des systèmes simples, accessibles à tous et durables. »
De l’énergie renouvelable
D’après l’Ademe2, le secteur résidentiel-tertiaire3 consomme chaque année 43 % de l’énergie finale produite en France. Le projet des deux ingénieurs est de diminuer l’empreinte carbone de l’habitat, en s’appuyant sur la démarche négaWatt4. « L’idée est de réduire au maximum les besoins en énergie puis d’utiliser des solutions renouvelables pour sa production. » Ils ont calculé l’empreinte carbone de chaque technologie, en tenant compte de son cycle de vie durant dix ans, depuis sa production jusqu’à sa destruction.
Avant de se lancer dans cette construction low-tech, Pierre-Alain Lévêque a voyagé huit mois en 2017 à bord du Nomade des mers, le catamaran de l’association. Le mode de vie des populations des pays tropicaux l’a inspiré pour ses futures technologies. Le choix de la tiny house s’est imposé : elle est déplaçable et c’est un outil pédagogique intéressant. Construite en quelques mois, elle aura coûté 30 000 ¤. Seuls bémols : cette maison n’est pas vraiment adaptée à la ville et la faible épaisseur des murs ne permet pas une bonne isolation.
Comment chauffer sans nuire à l’environnement, que ce soit via l’énergie fossile, les déchets nucléaires ou des panneaux photovoltaïques5 ? Un radiateur électrique consomme plusieurs milliers de watts par heure ! « Revoir nos besoins et se chauffer sans électricité nous a permis de réduire par 70 la demande annuelle en électricité, passant de 7 000 à 100 kWh. » L’habitat est chauffé à l’aide d’un capteur à air chaud. Le soleil tape sur des ardoises qui réchauffent l’air contenu dans des tuyaux. Ils alimentent l’intérieur de la maison en air chaud. Lorsque ce système ne suffit plus, le chauffage au bois prend le relais. Un poêle de masse6, constitué de sable et de béton, est chauffé puis diffuse sa chaleur pendant plus de six heures.
Le plat continue à cuire
Un chauffe-eau solaire7 relié à un ballon de 90 L subvient aux besoins en eau chaude pour 48 h. La cuisine se fait au gaz. Les plats mijotés sont retirés du feu au moment de l’ébullition puis placés dans une marmite norvégienne. « Le plat continue à cuire dans un tiroir hermétique, composé d’une double paroi isolante en copeaux de liège expansé. »
Au total, les ingénieurs ont dépensé 150 € durant une année pour le gaz de cuisine, un peu d’eau et les lessives. Et leur empreinte carbone a été divisée par trente ! Le résultat de cette expérience originale est encourageant pour inventer l’habitat low-tech de demain.
1. Institut catholique des arts et métiers.
2. Agence de la transition écologique.
3. Hors transport.
4. Association pour la transition énergétique.
5. Ces panneaux contiennent des terres rares comme le néodyme, dont l’extraction est polluante et toxique pour l’homme.
6. L’expérience a montré qu’un poêle deux fois plus grand (120 L) était nécessaire.
7. Construit en recyclant des échangeurs thermiques d’un réfrigérateur.
Pierre-Alain Lévêque
hello@lowtechlab.org
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