La rénovation est dans l'air et les murs

La révolution de l'habitat

N° 384 - Publié le 12 novembre 2020
NICOLAS GUILLAS
Florence Collet (à droite) présente un isolant pour les murs de l’IUT Génie civil - Construction durable (à l’arrière-plan). Amina Meslem porte un élément de mur solaire, qui chauffe l’air intérieur. La forme des trous de ce « Solarwall » est optimisée pour créer des tourbillons d’air chaud.

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Spécialistes de la circulation de l'air et des matériaux dans l'habitat, deux chercheuses inventent une rénovation énergétique originale.

Ces deux chercheuses sont des spécialistes de la transition énergétique du bâtiment. La première, Florence Collet1, invente des murs à partir de matériaux biosourcés qui intègrent des végétaux2. Elle étudie comment des parois innovantes régulent la chaleur et l'humidité ambiantes, mieux qu'un béton classique. La seconde, Amina Meslem3, connaît parfaitement l'aéraulique des bâtiments. Autrement dit, elle étudie l'air qui circule dans l'habitat, pour chauffer ou rafraîchir les pièces, oxygéner ses occupants, là où ils sont, et extraire les polluants intérieurs.
Nous avons tous frissonné en passant près d'un mur à la surface froide. Il fait pourtant chaud ailleurs dans la pièce ! La réussite d'un bâtiment dépend de l'équilibre entre ses structures solides et les flux d'air circulant entre elles. En écoutant les deux scientifiques du Laboratoire de génie civil génie mécanique (LGCGM) à l’Université de Rennes 1, on réalise que pour gérer l'énergie et le confort d’un bâtiment, il faut prendre en compte l’isolation des murs… et ne surtout pas oublier les mouvements d’air. « Depuis la dernière réglementation thermique en 2012, les nouveaux bâtiments sont très isolés et étanches à l'air extérieur, expliquent-elles. Mais il n'y a pas d'obligation de vérifier la conformité du système de ventilation ! Celui-ci est souvent défectueux. Cela pose problème si les débits injectés ne sont pas suffisants, notamment pour extraire l'air intérieur. »

Un bâtiment des années 1960

S’appuyant sur des résultats obtenus en laboratoire4, Florence Collet et Amina Meslem coordonnent une expérience dans un bâtiment universitaire des années 1960. Le projet TeBat5 (Transition énergétique des bâtiments) préfigure la rénovation du campus rennais6. Il consiste à rénover l’enveloppe, c’est-à-dire reconstruire des parois avec des matériaux à base de granulats de chanvre, ou refaire la ventilation, en captant la chaleur en façade, grâce à des murs solaires (voir photo). Des capteurs permettront de mesurer la performance énergétique du bâtiment. D’autres capteurs (vapeur et CO2) permettront de connaître le taux d’occupation des salles de cours, pour ajuster la ventilation. « Nous cherchons à prouver l'efficacité de matériaux et de systèmes d'air, à l’échelle réelle, en prenant en compte le ressenti des usagers. » Des chercheurs en sciences sociales de l’Eso7 vont enquêter auprès des occupants des salles rénovées.

Rénovation de logements

Une dizaine de chercheurs de l’Université de Rennes 1 participent au projet TeBat, auquel sont associées les universités de Bretagne Sud et occidentale, à Lorient et Brest. Et la rénovation de logements ? C’est l’objet de la chaire Rénovation énergétique des bâtiments, dont Florence Collet et Amina Meslem sont les deux co-titulaires, et pour laquelle la Fondation Rennes 1 établit des partenariats avec des entreprises.

NICOLAS GUILLAS

1. Maître de conférences à l'Université de Rennes 1.
2. Notamment du chanvre et du maïs.
3. Professeur à l'Université de Rennes 1.
4. Dont les projets européens Isobio (lire Sciences Ouest n°345, oct. 2016) et ANR Flubat.
5. Ce projet du CPER est déposé par le LGCGM (2021-2027).
6. Projet Campus 2030 de l’Université de Rennes 1.
7. Université Rennes 2, CNRS.

Florence Collet
02 23 23 40 56
florence.collet@univ-rennes1.fr

Amina Meslem
02 23 23 33 84
amina.meslem@univ-rennes1.fr

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