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L’habitat, un chantier pour demain

N° 384 - Publié le 12 novembre 2020

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Architectes et scientifiques repensent l’habitat de fond en comble, pour qu’il soit plus respectueux de l’environnement. Les explications de l’architecte-ingénieur Olivier Helary.

À lui tout seul, le secteur du bâtiment est responsable de 40 % des émissions de gaz à effet de serre en France. Face à l’urgence climatique, l’heure est aux nouvelles façons de construire et à la rénovation des aménagements publics et privés. Les architectes et les chercheurs, notamment en Bretagne, apportent des solutions. Pour dire adieu aux passoires thermiques, la réglementation devrait être mise à jour cette année1. Elle prendra en compte la quantité de carbone rejeté durant la phase de construction. « Le béton est un problème, explique Olivier Helary, architecte-ingénieur spécialiste de la transition énergétique. Produire du ciment émet beaucoup de carbone et il y a une pénurie de sable. Nous devons construire avec le minimum de ressources polluantes. »

Bois, terre et paille

Bien choisir les matériaux est crucial. Ceux qui sont biosourcés sont une solution. « Il est possible de privilégier les matières premières locales et de les mixer. Le BTP2 va dans ce sens, en devenant aussi le sigle bois-terre-paille. Ces trois ressources naturelles sont de plus en plus envisagées. » Elles sont d’ailleurs étudiées aux universités de Rennes et de Bretagne sud. La filière bois est développée en Bretagne et la paille, co-produit de l’agriculture, peut être réemployée pour isoler des murs en bois. Bien qu’elle ne soit pas renouvelable, la pierre a son intérêt. Aucune transformation n’est nécessaire et son transport est peu coûteux. « Si l’on vit près d’une carrière, le granite est une bonne option ! » L’idéal est donc de bâtir avec ce que l'on trouve près de chez soi.


« Nous sommes habitués aux matières imperméables, faciles à installer et ne demandant pas d’entretien, tels le béton et le plastique. La terre, le bois et la paille sont des matériaux anciens que l’homme savait utiliser. » Associer ces matériaux sensibles à l’eau avec nos besoins actuels (systèmes électriques) est devenu un enjeu de recherche. Mais il n’est pas facile de changer ses habitudes… L’acceptation sociologique est l’objet d’étude du projet Ecomaterre3, à l’Université Rennes 2. « La terre crue correspond aux enjeux écologiques, mais il est compliqué d’expliquer aux gens que la maison n’aura ni plaque de plâtre, ni peinture blanche ! Le lotissement bétonné est très demandé, mais de nouveaux modèles sont à inventer. » L’architecte-ingénieur est optimiste. Il fait la comparaison avec le zérophyto, l'interdiction de l’usage de produits phytosanitaires pour désherber les espaces publics : « Au départ c’était mal accepté, puis la population en a compris l’intérêt. Ce sera pareil pour l’habitat écologique ! » 

La construction doit réduire son effet sur l’environnement, tout en prenant encompte les conséquences du dérèglement climatique. Vents violents, montée des eaux, augmentation de la température… Nos logements et aménagements publics ont besoin d’être adaptés. « Le confort de la période d’été est un vrai sujet », souligne l’architecte-ingénieur. Cela passe notamment par l’implantation du bâtiment selon le vent, la protection des façades et les systèmes de climatisation naturelle. Nous pouvons nous inspirer du sud de la France et des pays du Maghreb. « Il est possible de penser l’architecture pour qu’un courant d’air puisse refroidir les espaces, en créant des ouvertures. » Des recherches sont en cours pour savoir comment la végétalisation peut jouer un rôle. « La climatisation électrique est facile à installer et à utiliser. Les moyens naturels demandent une réflexion fine et globale en amont de la construction. » L’usage des éléments naturels et gratuits, notamment grâce aux énergies renouvelables, est indispensable pour consommer le moins possible.

Rénover les passoires thermiques

« Nous devons aussi nous appuyer sur l’existant, relève Olivier Helary. Notre travail d’architecte se consacre désormais à la rénovation et à la réhabilitation. Avant, on détruisait pour reconstruire. Mais des éléments peuvent être conservés ou réajustés. » La loi énergie-climat oblige la rénovation des passoires thermiques4 d’ici 2028. En Bretagne, la Région s’engage à rénover au moins 45 000 logements par an. Réemployer certains matériaux (portes, fenêtres) pour valoriser les déchets est aussi à l’ordre du jour.

« L’ambition est grande et nécessite un travail de fond sur les usages. » Pour amorcer cette réflexion, un outil pédagogique et de recherche se met en place sur le campus de Beaulieu à Rennes. « Chaque année, la facture énergétique du campus s’élève à 7 millions d’euros. Partant de ce constat, l’association Team solar Bretagne accompagne les étudiants de l’Ensab pour proposer des scénarios de rénovation5. » Des salles de travaux pratiques sont utilisées trois semaines par an. De même, les restaurants universitaires sont fréquentés seulement quelques heures par jour… Peuvent-ils devenir des espaces de travail ?

« Questionner la durabilité du bâtiment, c’est questionner la réversibilité de ses usages6. » C’est un problème que l’on a bien connu pendant le confinement : comment transformer le salon en bureau ? Il y a la maison, l’équipement et ce qu’on en fait. Construire écologique n’est-il pas paradoxal avec le tout numérique ? « La technologie n’est pas opposée à l’écologie, car elle peut contribuer à la transition énergétique. » Une maison connectée est utile pour l’accompagnement d’une personne en difficulté, pour la sécurité du logement mais aussi pour maîtriser ses consommations7. Oui à la technique, mais sobre et réfléchie !

Colocation intergénérationnelle

Enfin, à l’image du covoiturage, le partage est possible. « L’habitat participatif est un mouvement qui prend de l’ampleur. » Les colocations intergénérationnelles se font plus nombreuses. D’autres vont plus loin encore. Près de Rennes, des familles investissent dans un projet de vie commun8. Avec un architecte, elles construisent un hameau avec des espaces accessibles à toute la communauté. Olivier Helary pousse la réflexion : « Nous avons tous une machine à laver ou un sèche-linge. Pourrait-on les partager avec nos voisins ? » Repenser la construction ne se fait pas sans considérer l’échelle du territoire. « Nous construisons beaucoup dans les métropoles car elles sont très attractives. Or, de nombreux espaces sont vacants dans les centre-bourgs. » Un rééquilibrage territorial semble indispensable. D’autant que la population en Bretagne va sans doute augmenter d’ici trente ans. La révolution de l’habitat devra s’appliquer en ville et à la campagne, du littoral jusqu’à l’intérieur des terres.

MARION GUILLAUMIN

1. Depuis 2012, un bâtiment neuf doit consommer moins de 50 kWh/m²/an.
2. Bâtiment et travaux publics.
3. En partenariat avec l’Insa de Rennes, qui développe un béton bas carbone.
4. Classées F (331 à 450 kWh/m²/an) et G (> 450 kWh/m²/an).
5. Dans le cadre du projet Rennes Campus 2030.
6. Lire ci-contre.
7. Lire p. 18.
8. Association Parasol, à la Maison de la consommation et de l'environnement à Rennes.

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