Un cargo poussé par le vent

Cap sur le zéro carbone

N° 382 - Publié le 8 septembre 2020
Alizées
Le cargo Canopé réduira sa consommation de carburant de 30 %, grâce à des voiles rigides articulées.

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Le cargo conçu par Zéphyr & Borée aura des ailes verticales. Ses voiles assureront 30 % de la propulsion.

Première marchandise à transporter : une fusée ! La start-up nantaise Zéphyr & Borée va concrétiser son grand  pari sur l’éolien. En 2022, son cargo à voile de 121 m de long acheminera le lanceur Ariane 6 jusqu’à Kourou, en Guyane. Le succès de cette mission ferait de la propulsion vélique une solution d’avenir crédible pour le transport maritime. « Utiliser le vent ne consiste pas à revenir à une navigation complexe et aléatoire, assure Nils Joyeux, co-fondateur de l’entreprise. Nous devrons garantir une vitesse similaire à celle d’un cargo classique et une ponctualité sans faille. »

Quatre ailes géantes

Le navire, qui reste à construire, sera baptisé Canopée. Il a été pensé en partenariat avec l’armateur marseillais Jifmar offshore services pour répondre à l’objectif de décarbonation fixé par l’OMI1 : réduire de 40 % les rejets de CO2 des bateaux d’ici à 20302. Quatre ailes rigides géantes équiperont le cargo, pour faire baisser ses émissions polluantes de 20 à
50 %. À condition d’utiliser au maximum l’énergie du vent ! « Canopée est avant tout un cargo à moteur, doté de voiles. Nous utiliserons le moteur à chaque fois que le vent sera faible ou qu’il soufflera de face. »

Pour optimiser le rôle des voiles automatisées, la navigation s’appuiera sur un logiciel de routage météorologique. Il définira, en temps réel, la meilleure route à emprunter pour bénéficier de vents favorables. Il anticipera aussi les itinéraires, sur la base de l’historique météorologique des huit dernières années. Les simulations déjà effectuées grâce au logiciel permettent d’estimer que les voiles assureront en moyenne 30 % de la propulsion du bateau.

Pourquoi pas davantage ? « C’est lié à la vitesse imposée par le marché. Pour maintenir une vitesse de 14 nœuds3, le moteur doit prendre le pas sur la voile. Si l’on pouvait ralentir à 10 nœuds, la voile assurerait 60 % de la propulsion. À 7 ou 8 nœuds, le cargo avancerait presque uniquement à l’éolien ! » Le jeune dirigeant en est convaincu : réduire la vitesse du transport est une solution bas-carbone incontournable, complémentaire de la propulsion vélique. Mais cette piste se heurte à une limite économique : « Aller moins vite coûte plus cher aux clients. »

Un mix énergétique

Pour tendre vers le zéro carbone, Zéphyr & Borée voit plus loin qu’une solution unique. « Nous devons ralentir et trouver le mix énergétique le plus ambitieux possible, poursuit Nils Joyeux. Utiliser les biocarburants, le vent, le stockage en batterie sur de courtes distances et l’hydrogène sur des trajets moyens. » La start-up étudie un nouveau projet de navire hybride, associant la voile à une propulsion à l'hydrogène.

Justine Caurant

1. Organisation maritime internationale.
2. Par rapport à leur niveau de 2008.
3. Soit une vitesse de 26 km/h (1 nœud = 1,85 km/h).

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