Les particules fines mesurées dans la fumée des navires

Cap sur le zéro carbone

N° 382 - Publié le 8 septembre 2020
Penn Ar bed / Gilles Eusa
Du matériel scientifique, embarqué à bord du bateau d’Ouessant (ici près du phare des Trois pierres à Molène), va fournir des données sur les émissions de particules fines.

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Le programme Capnav va mesurer les particules polluantes directement dans la cheminée des navires. Une première.

Chaque matin, le navire quitte le port de Brest pour Molène et Ouessant. Les deux moteurs du Fromveur II tournent à plein régime lors des manœuvres. Une fumée sombre et polluante s’échappe de la cheminée. La scène est si banale qu’elle vaut pour n’importe quel bateau à moteur, dans tous les ports. Mais malgré leur nocivité, les émissions de particules fines1 ne sont pas réglementées ! Plus surprenant encore : elles ne font l’objet d’aucune mesure. « Ce qui se passe en mer a longtemps été perçu comme sans risque pour les populations, résume Benoît Sagot, enseignant-chercheur2 à l’Estaca3, en Ile-de-France. Aujourd’hui, il nous faut des données. Sans elles, pas de levier d’action. » 

Le projet de recherche Capnav4 qu’il coordonne a trois ans pour fournir des connaissances sur les particules fines émises par le transport maritime. Quantité, composition, distribution… Plusieurs types d’analyses seront réalisés pour caractériser finement ces suies. « Il est important de pouvoir mesurer ces particules en masse et en nombre. En particulier les ultrafines, dites PM1, qui font moins d’un micromètre de diamètre. Ce sont les plus dangereuses, car elles descendent plus bas dans les poumons, jusqu’aux alvéoles. »

En fonction de la charge du moteur

L’originalité du projet tient à sa méthodologie. Les mesures seront réalisées à la source, en conditions réelles. En les associant aux paramètres de navigation, les chercheurs vont suivre l’évolution des émissions en fonction de la charge du moteur. Cette technologie embarquée a déjà fait ses preuves dans l’automobile, où elle est plus facile à mettre en œuvre. « Lors d’un essai sur piste, on peut s’arrêter et redémarrer quand on veut, commente l’ingénieur, plus habitué à étudier la pollution émise par les voitures. Pas sur un bateau ! »

Durant plusieurs campagnes de mesures, Benoît Sagot et ses collègues navigueront en mer d’Iroise. Dès l’automne, le Fromveur II leur servira de laboratoire flottant, grâce à un partenariat avec la compagnie maritime Penn ar Bed.

Une sonde dans la cheminée

 « Nous avons profité du dernier carénage pour installer une sonde dans la cheminée. » Le gaz d’échappement prélevé sera transporté jusqu’aux instruments de mesure, installés sur le pont. Ce test sera aussi mécanique. Les 200 kilos de matériel embarqué supporteront-ils la pluie et les embruns ? Les appareils fonctionneront-ils en cas de gîte ? Le chercheur est confiant. « Si nous arrivons à définir un outil de mesure simple et fiable, nous pourrons le transposer à d’autres navires. » Et multiplier les données en vue d’une réglementation des émissions.

Justine Caurant

1. Particules au diamètre inférieur à 2,5 micromètres (1 µm = 0,001 mm) en suspension dans l’atmosphère. Elles sont aussi appelées PM 2,5.
2. Équipe Qualité de l’air et dépollution.
3. École supérieure des techniques aéronautiques et de construction automobile.
4. Caractérisation des émissions particulaires des navires. Projet financé par l'Ademe. Partenaires académiques : l’Estaca, l’École nationale supérieure maritime de Nantes et l’IMT Atlantique.

Benoît Sagot
benoit.sagot@estaca.fr

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