Covid : des anticorps prometteurs
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Les immunologistes de l’Inserm1 à Rennes cherchent des anticorps contre le coronavirus. Une piste pour un médicament.
Depuis le mois de mars, 55 personnes souffrant du Covid-19 et soignées à l’hôpital de Rennes participent au projet Harmonicov2. Certaines étaient en détresse respiratoire aigüe3. Les scientifiques étudient leur réponse immunitaire. « Ces personnes souffrent d’une hyper-inflammation, explique l’immunologiste Michel Cogné, professeur dans l’équipe Inserm dirigée par Karin Tarte4, à l’Université de Rennes 1, et à l’Établissement français du sang (EFS). Des caillots se forment dans leurs vaisseaux sanguins, notamment dans les poumons. La réponse du système immunitaire, au lieu d’être protectrice contre le virus, est anormale et agressive contre les tissus du patient. » Les premiers résultats du projet, sélectionné par l’ANR5 dans le cadre de l’appel Flash Covid-19, seront publiés dans deux revues spécialisées.
Une médecine personnalisée
Les scientifiques étudient des cellules, très utiles, dans le sang des malades. Certaines d’entre elles (les lymphocytes B) produisent les anticorps. D’autres (les T) peuvent tuer les cellules infectées par un virus. C’est parfait. Sauf quand les cellules tueuses tombent dans l’excès : l’équilibre est perturbé, à l’image d’une sur-réaction allergique. « Dès l’admission d’un patient à l’hôpital, à partir d’une caractérisation de ses paramètres sanguins, nous voulons savoir si la maladie va évoluer de façon critique ou favorable. » L’idée de cette médecine personnalisée est de proposer un traitement adapté à chaque patient.
Anticorps neutralisant
Mais le projet va encore plus loin. Quelques mois après être guéris, les patients reviennent pour une prise de sang. « Leurs cellules sont prélevées et clonées. Nous nous intéressons à celles qui fabriquent un anticorps. Celui-ci est séquencé, caractérisé et nous étudions, avec les virologues, s'il neutralise le Sars-CoV-2. » La stratégie consiste à produire des anticorps, qui seraient des médicaments contre le coronavirus6. Ce projet, qui mobilise une quinzaine de scientifiques à l'Inserm, à l'EFS et au CHU, aboutira dans moins d’un an.
1. Institut national de la santé et de la recherche médicale.
2. Immunomonitoring haute définition et caractérisation d'anticorps spécifiques chez les patients CoV-2 critiques versus en rémission.
3. Les patients sont âgés de 50 à 72 ans.
4. Équipe Micmac (Microenvironment, cell differentiation, immunology and cancer) - UMR Inserm U1236 (Université Rennes 2, Inserm, EFS°;
5. Agence nationale de la recherche
6. Des anticorps sont déjà utilisés pour lutter contre des cancers et des maladies inflammatoires.
Michel Cogné
michel.cogne@inserm.fr
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