Le groupe sanguin joue un rôle

Les scientifiques mobilisés

N° 381 - Publié le 8 juillet 2020
ADRIEN BREIMAN
L’immunologiste Jacques Le Pendu veut renforcer un mécanisme de protection naturelle contre le coronavirus.

La propagation du coronavirus pourrait être limitée, grâce à nos différents groupes sanguins. Des chercheurs nantais avancent sur cette piste.

La transmission du virus Sars-CoV-2 entre deux personnes dépendrait de leurs groupes sanguins. Si elles sont du même groupe (A, B, O ou AB), elles risquent davantage de se contaminer entre elles. En outre, les personnes du groupe O seraient moins infectées que les autres par le coronavirus. En 2003 déjà, lorsqu’un premier coronavirus, le Sras, est apparu en Chine, aucune personne du groupe O parmi le personnel médical en contact avec le premier patient, n’est tombée malade. Deux études sur le nouveau coronavirus viennent de confirmer cette particularité.

Naturellement mieux protégé

Les anticorps du groupe sanguin O pourraient-ils constituer une barrière de défense naturelle contre les coronavirus ? De même, si une personne appartient aux groupes A (le plus courant) ou O, elle a naturellement des anticorps contre le groupe B. Est-elle alors mieux protégée ? L’immunologiste Jacques Le Pendu, directeur de recherche Inserm1 au CRCINA2 à Nantes, veut mieux comprendre ce mécanisme.

À la surface de nos cellules se trouvent des sucres complexes, appelés glycanes. Ils déterminent nos groupes sanguins. Les coronavirus, qui sont des virus enveloppés, utilisent ces glycanes pour se cacher. N’étant pas repérés comme intrus par l’organisme, ils peuvent se répliquer. Le Sars-CoV-2 se dissimule ainsi face à nos propres défenses. Et si ce « déguisement » lié à notre groupe sanguin était une solution pour renforcer nos défenses immunitaires ?

Réduire la propagation d’un tiers

En 2008, une étude de l’Inserm a montré que la fixation du Sras, avant réplication, pouvait être bloquée3 grâce aux anticorps. Mais l’efficacité des anticorps est partielle, car leur quantité varie d’une personne à l’autre et diminue avec l’âge. Si ce mécanisme protecteur était toujours pleinement fonctionnel, il permettrait de réduire d’environ un tiers la probabilité de propagation et de transmission du Sars-CoV-2 dans la population4. C’est l’hypothèse de Jacques Le Pendu.

Comment rendre ce mécanisme naturel plus efficace ? Notre microbiote5 abrite des bactéries non pathogènes. Elles sont porteuses d’antigènes6 semblables à ceux des groupes sanguins. Ces micro-organismes vivants (bactéries, levures, etc.) stimulent notre système immunitaire. En ingérant ces bactéries non pathogènes, nous pourrions renforcer notre microbiote intestinal. Les chercheurs veulent trouver les bonnes bactéries, qui auraient un effet bénéfique… et seraient déjà disponibles. Ce sont des "probiotiques" naturels, ou présents dans des produits alimentaires comme des yaourts enrichis.

« Cela consiste à ajouter un "masque" supplémentaire contre le virus, résume Jacques Le Pendu. En profitant d’un mécanisme immunitaire naturel, on améliore cette protection. » Le programme qu’il dirige, en collaboration avec d’autres organismes7, étudie les probiotiques existants et déjà commercialisés. Disposer de tels stimulants contre le coronavirus permettrait de limiter sa propagation entre personnes du même groupe sanguin. Ce serait un moyen supplémentaire de prévention, en plus des gestes barrières.

MAÏM GARNIER

1. Institut national de la santé et de la recherche médicale.
2. Centre de recherche en cancérologie et immunologie Nantes-Angers (Inserm, Université de Nantes, Université d’Angers).
3. Dans des conditions de laboratoire.
4. Selon la proportion de personnes des groupes A, B et O dans la population.
5. Ensemble des micro-organismes, dont des bactéries, vivant chez un hôte.
6. Substance étrangère à l’organisme, qui peut déclencher une réponse immunitaire (production d’anticorps) visant à l’éliminer.
7. Notamment le CHU Brugmann à Bruxelles, l’Établissement français du sang à l’hôpital Henry Mondor de Créteil et le CNRS à Lille.

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