Climat : les Inuits s’adaptent

En mission près des pôles

N° 380 - Publié le 8 avril 2020
La ville d'Uummannaq, au Groenland.
CC BY-SA 3.0 ALGKALV

Des chercheurs à Rennes et Angers étudient comment les habitants du Grand Nord s'adaptent à l'évolution de l'environnement.

« Au 14e siècle, lorsque les Thuléens, ancêtres des Inuits, arrivent depuis l’Alaska au Nunavik1 et au Groenland, ils prennent de plein fouet le Petit Âge glaciaire2. » Grégor Marchand est archéologue CNRS au Creeah3, à Rennes. Il participe aux projets InterArctic et Ipev Enchainec4, qui groupent 18 laboratoires français et étrangers. Ces programmes ont pour but de comprendre comment les populations thuléennes du Nunavik, du Labrador et du Groenland se sont adaptées aux changements de l’environnement. Et comment leurs descendants vivent le dérèglement climatique actuel.

Depuis 2018, les chercheurs enquêtent sur deux îles5 de l’archipel de Nain, dans le Labrador, au Canada. « Nous y avons trouvé des maisons préhistoriques et d'autres beaucoup plus récentes », s’émerveille l’archéologue. Dans ces dernières, dont la plupart datent des années 1870, les chercheurs ont trouvé des restes d'animaux, du fer, de la céramique, des pipes anglaises, ainsi que des pierres à fusils et des balles. Des anthropologues de l’équipe s’entretiennent avec les aînés des villages inuits alentour pour comprendre l'agencement de ces maisons, la fonction des outils et les habitudes alimentaires des ancêtres, selon le climat.

Le paysage a évolué

« Des géologues étudient les effets de la cryoturbation6 et des variations du trait de côte, pour expliquer comment le paysage a évolué ces derniers millénaires en fonction des changements climatiques, explique Dominique Marguerie, coordinateur CNRS d’InterArctic et d’Enchainec à Ecobio7 à Rennes. Nous, les paléobotanistes, effectuons des carottages dans les tourbières pour raconter l’histoire de la végétation. Nous cherchons du bois flotté sur les plages pour savoir d’où il vient et comment il a pu être utilisé par les populations locales. » Dominique Marguerie et ses collègues veulent comprendre, grâce à la palynologie8, comment le Petit Âge glaciaire a influencé la végétation de la toundra.

Mené par une géographe d’Eso9 à Angers, Fabienne Joliet, le volet socio-géographique du programme concerne la jeunesse inuite actuelle. « Dans deux classes du Nunavik et du Groenland, nous utilisons la photo et la narration pour que les jeunes évoquent leur vision du passé, du présent et du futur. » Un ouvrage sera édité, pour expliquer la culture des jeunes Inuits et les différences entre adolescents du Nunavik et du Groenland.

Après une troisième expédition cet été, la dernière année du projet sera consacrée à l’interprétation des données. Car pour analyser les échantillons, il faut déjà les récupérer. « Ils quittent en bateau les sites d’étude, puis sont emmenés en camion jusqu’à Québec, explique Dominique Marguerie. Là, ils sont répartis entre les équipes et certains franchissent l’Atlantique par avion ou par bateau. » La recherche est un travail de longue haleine : les prélèvements de l’été 2019 devraient bientôt arriver en Bretagne.

CLAIRE GUEROU

1. Territoire québécois situé au-delà du 55e parallèle nord, dans la zone subarctique.
2. Refroidissement survenu entre le 14e et le 19e siècle en raison d’une importante éruption volcanique.
3. Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire.
4. Environemental changes and human activity in north eastern Canada.
5. Aulatsivik et Dog Island.
6. L’effet sur le sol de l’alternance gel-dégel.
7. Lire aussi p. 14.
8. Étude de la production et diffusion des pollens actuels et fossiles.
9. Laboratoire Espaces et sociétés.

Dominique Marguerie
02 23 23 56 77
dominique.marguerie@univ-rennes1.fr

Grégor Marchand
02 23 23 66 10
gregor.marchand@univ-rennes1.fr

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