Au bout du monde, ils étudient le climat

En mission près des pôles

N° 380 - Publié le 8 avril 2020
L'installation de cabanes à l'ouest de Kerguelen, lors de la récente mission Palas 2, était un défi logistique pour l'Ipev. Elles abritent l'équipement et les sédiments extraits par carottage.
PHILIP DELINE - EDYTEM - INSTITUT POLAIRE FRANÇAIS

Pour comprendre notre climat, des chercheurs creusent au fond de l’océan Austral et sur ses îles. Deux campagnes se terminent avec l’Ifremer et l’Ipev.

Une campagne de carottages1 dans les quarantièmes rugissants ! Au mois de février, une équipe internationale2 a navigué dans l’océan Austral pour la deuxième campagne Acclimate. Objectif : mieux comprendre le passé climatique de cet océan, le plus gros réservoir de CO2 de la planète. Cette campagne fait suite à la première, en mars 2016, qui avait montré les variations de la circulation océanique et du climat. « L’idée est de comprendre le changement de circulation océanique depuis 40 000 ans, en utilisant des carottes de sédiments », explique la paléo-océanographe et cheffe de mission Natalia Vazquez Riveiros, à Brest3.

Les scientifiques ont réalisé trois types de carottages sur huit sites, entre l’Afrique du Sud et l’île Bouvet4. Ils ont travaillé avec le carottier géant Calypso. « Nous avons fait quatre très belles carottes de 60 m, uniques au monde ! ».

Deux des huit membres franco-norvégiens de l'équipe Palas 2. Les sédiments extraits par ce tube de carottier vont révéler le climat et l'évolution de l'environnement durant 10 000 ans.
LUDOVIC RAVANEL - EDYTEM - INSTITUT POLAIRE FRANÇAIS

Deux autres carottiers complémentaires ont été utilisés. Les premières analyses sur la couleur des couches sédimentaires ont permis de dater les carottes. En période interglaciaire, plus l’eau est chaude, plus les sédiments sont clairs. Les données obtenues ont été comparées avec celles des carottes de glace de l’Antarctique.

Plus d’un million d’années

« Deux carottes en particulier, que nous avons réalisées plus au nord, sont rares à ces profondeurs, précise Natalia Vazquez Riveiros. Je pense qu’elles remontent à un million, voire 1,5 million d’années. » Les études en laboratoire devraient confirmer ces datations exceptionnelles. Comment ?

Grâce à l’analyse chimique de la coquille de microfossiles (foraminifères), présents dans les couches de sédiments. Ces données océaniques enrichiront aussi les connaissances sur l’atmosphère, acquises grâce aux carottages des calottes glaciaires.

Sous les lacs de Kerguelen

Une autre campagne5, terrestre cette fois, vient de se terminer en région subpolaire australe. Huit scientifiques français et norvégiens ont conduit 14 forages dans des lacs à l’ouest de l’île Kerguelen. Le plus profond a atteint neuf mètres. Ces carottages apporteront des informations sur l'évolution climatique et environnementale durant une période de 10 000 ans. L’enjeu est surtout de comprendre les changements de régime de pluies dans l’océan indien.

« Dans ces endroits préservés, les sédiments sont bien conservés, précise Christine David-Beausire, directrice adjointe de l’Institut polaire français, à Brest. Notre équipe logistique a fait un travail extraordinaire pour permettre aux chercheurs d’accéder à des zones difficiles avec du matériel lourd, dans le respect de ces lieux protégés6. » Revenus en Bretagne après ces campagnes dans l’hémisphère Sud, en haute mer et sur une île perdue, les scientifiques vont désormais éplucher ces précieuses archives climatiques de notre planète.

RONAN LE COZ

1. Extraction d'échantillons de sédiments.
2. Mission coordonnée par le laboratoire Géosciences marines de l’Ifremer à Brest et le laboratoire des Sciences du climat et de l’environnement (CNRS, CEA, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines).
3. Laboratoire Géodynamique et enregistrements sédimentaires de l’Ifremer.
4. Île norvégienne à 1 700 km du continent antarctique.
5. Palas 2 (Paléoclimat des sédiments du lac sur l'archipel de Kerguelen).
6. Dans la Réserve nationale naturelle des Terres australes françaises.

Natalia Vazquez Riveiros
natalia.vazquez.riveiros@ifremer.fr

Christine David-Beausire
christine.davidbeausire@ipev.fr

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