Les sardines et les anchois rétrécissent

Actualité

N° 379 - Publié le 27 février 2020
MARTIN HURET / IFREMER
En dix ans, le poids des sardines du golfe de Gascogne a été divisé par deux, constate l'Ifremer.

La moitié des populations de poissons pêchés en France est désormais exploitée durablement. Mais la taille de certains poissons diminue.

En 2019, 49 % des tonnages de poissons pêchés en France métropolitaine proviennent de populations exploitées durablement1, contre 15 % en 2000. Ces évaluations concernent plus de 160 populations de poissons. Pour François Houllier, président de l’Ifremer, plusieurs raisons expliquent cette amélioration : « Le progrès des connaissances en biologie et écologie des populations, l’adoption de quotas qui ajustent les capacités de pêche aux ressources disponibles et permettent de renouveler les stocks, la collaboration entre l’Ifremer et les pêcheurs qui favorise la mise au point d’outils de pêche plus intelligents ».

Le merlu est revenu

Dans les années 1990, les alertes scientifiques sur l’effondrement du merlu dans le golfe de Gascogne et en mer Celtique (lire p. 10), ont entraîné un plan d’urgence. Depuis, la biomasse2 des reproducteurs est revenue à un niveau très élevé. La situation s’améliore aussi dans l’Atlantique nord-est.    « En moins de vingt ans, la part des populations en bon état lors des débarquements portuaires est passée de 9 à 43 % », atteste Alain Biseau, biologiste à l’Ifremer Lorient et membre du Ciem3.

Certains stocks de poissons, comme les sardines et les anchois, espèces parmi les plus pêchées au monde, sont cependant sous observation. Leurs populations restent abondantes4.  Mais depuis dix ans, les chercheurs constatent une forte diminution de la taille (de 19 à 15 cm en moyenne) et du poids des individus, ainsi qu'un fort rajeunissement de leur population. Cela résulterait d’une mortalité précoce des adultes après leur reproduction. Aujourd’hui, les sardines se reproduisent lorsqu’elles atteignent 9 à 10 cm, contre 13 cm auparavant.

Changement climatique

Pourquoi les gros poissons sont-ils devenus rares ? La diminution de la taille des poissons capturés est une conséquence de la surpêche. Pour les sardines et les anchois, cela pourrait aussi être lié au changement climatique, d’après les études de l’Ifremer.

« L’abondance d’anchois s’explique par une production de plancton précoce due à une eau plus chaude, explique Martin Huret, chercheur à l’Ifremer Brest. Les anchois profiteraient ainsi de cette nourriture plus tôt, à la sortie de l’hiver. »  Mais les études montrent aussi que la composition du plancton a évolué. « L’analyse du contenu de l’estomac des sardines prouve que la taille du plancton ingéré a diminué depuis 2008. Plus la nourriture est petite, moins la sardine en tire profit ».

Ces nouvelles connaissances auront des répercussions sur les pêcheries et les filières de transformation et de distribution. Lancé en octobre dernier, le projet Defipel5 rassemble déjà les pêcheurs, les transformateurs, les gestionnaires des pêches et les scientifiques. Si cette gestion réussit, elle sera un exemple à suivre pour d’autres populations de poissons.

MARC BEYNIE

1. Populations surexploitées : 26 % effondrées, non classifiées ou non évaluées : 25 %.
2. Masse totale des individus.
3. Conseil international pour l’exploration de la mer.
4. Dans le golfe de Gascogne, l’abondance des anchois augmente, celle des sardines reste stable.
5. Développement d'une approche de gestion intégrée de la filière petits pélagiques (poissons qui vivent au large).

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest