Médecine : jouer la précision

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N° 378 - Publié le 23 janvier 2020
LATIM

Le défi consiste à donner à chaque patient un traitement ultra personnalisé. Brest est en pointe pour cette médecine.

La médecine de précision, appelée aussi personnalisée, signifie que l’on prend en compte la génétique et l’environnement du malade, ainsi que son style de vie. « Il s’agit de proposer un traitement adapté à chaque patient, plutôt qu’un traitement identique pour tout le monde », explique le professeur Éric Stindel, président de la commission médicale d’établissement à l’hôpital de Brest1 et chirurgien orthopédiste2.

Chaque profil génétique

En chirurgie, des mesures sur le patient, avant ou pendant l’opération, permettent d’adapter le geste chirurgical. En cancérologie, la chimiothérapie ou l'immunothérapie est adaptée à chaque profil génétique. « Le médecin s’assure que le patient va bien répondre au traitement, par une évaluation biologique, une analyse des marqueurs3 ou du génome4. »

La médecine personnalisée, qui concerne les maladies rares ou complexes ainsi que les cancers, existe depuis longtemps. La nou-veauté vient de la précision à une échelle très fine, par exemple pour analyser l’ADN et pas seulement les cellules. Dans le traitement des cancers, il est possible de détecter très précisément, à l’échelle de la cellule tumorale, l’expression de récepteurs5. La tumeur porte en effet des caractéristiques biologiques, souvent influencées par des anomalies génétiques.

Ajuster le geste chirurgical

Cette grande précision est possible grâce au développement technologique. Pour la chirurgie assistée par ordinateur, au lieu de poser la même prothèse à tout le monde, le chirurgien mesure des paramètres sur les images médicales. Il fait de la reconstruction tridimen-sionnelle et adapte son geste chirurgical, avant ou pendant l’opération. « Pour les prothèses de genoux, nous sommes capables de mesurer des tensions ligamentaires pendant l’opération et d’ajuster le geste.»

Mais le stockage et le traitement des données issues de la médecine de précision posent plusieurs questions. Aujourd’hui, des ma-chines analysent le génome en quelques heures. Mais les hôpitaux manquent de biostatisticiens pour les traiter… « Les données du génome pour un seul individu se comptent en téraoctets6 ! Et pour trouver des signaux ou des corrélations, il faut croiser des volumes très importants. »

Données confidentielles

La sécurité des informations de santé est aussi un enjeu important. Les données sur l’ADN d’une personne doivent rester confiden-tielles. « Quand nous connaîtrons mieux les corrélations entre un certain nombre d’anomalies de l’ADN et des maladies, cela peut poser d'autres problèmes si les données fuitent », avertit le professeur Éric Stindel.

RONAN LE COZ

1. Centre hospitalier régional universitaire (CHRU).
2. Éric Stindel est aussi directeur du LaTim, laboratoire de traitement de l’information médicale (Inserm, UBO, IMT Atlantique, CHRU de Brest).
3. Subtances produites par les cellules cancéreuses.
4. Ensemble des chromosomes et des gènes d’un individu.
5. Protéine située à l'intérieur ou sur la membrane d'une cellule, capable d'accueillir des molécules produites par l'organisme ou des médicaments.
6. Un téraoctet correspond à 1 024 Go.

Éric Stindel
02 98 01 81 30
eric.stindel@univ-brest.fr

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