De nouvelles prothèses pour la course
Grâce au virtuel et pour notre santé
En renforçant l'équilibre, des prothèses de bras améliorent la course.
«Pour sauter ou courir, tout le monde se sert de ses bras… Mais la plupart des personnes amputées qui font du sport n’ont pas de prothèses de bras. » Lyse Leclercq mène une thèse en biomécanique au laboratoire M2S1, à Bruz, près de Rennes. L’idée de ses recherches remonte à 2014.
Étudiante en Staps2, elle rencontre Stéphane Robert lors d’un cours d’athlétisme. Sprinter quadri-amputé, il court avec des “lames”. Malgré ces prothèses aux jambes, il rencontre des difficultés techniques. Ses foulées manquent d’amplitude et son accélération est irrégulière. L’étudiante lui suggère d’ajouter des prothèses pour les bras. « A priori, ce n’était pas une bonne idée, car cela augmente le poids de l’athlète et risque de l’encombrer », souligne Armel Cretual, son directeur de thèse.
Course plus rectiligne
Lyse Leclercq effectue quand même des tests pendant son master, avec Stéphane Robert, au stade du campus de Villejean. Des poids sont ajoutés aux poignets de l’athlète. Les mouvements du sprinter sont filmés par des caméras infrarouges, grâce à des marqueurs réfléchissants placés aux articulations. « Nous avons tout de suite observé des changements dans sa technique », relate la doctorante.
« En avançant la jambe gauche, le bras droit avance et vice-versa, poursuit Armel Cretual. Cette inertie crée un équi-libre, selon l’axe vertical du corps. Les personnes amputées, n’ayant plus cet équilibre, compensent avec un mouve-ment de rotation des épaules plus ample. » L’ajout des poids réduit le mouvement parasite. Résultat, la trajectoire de course de Stéphane Robert devient plus rectiligne, ses foulées plus longues. Lyse Leclercq trouve alors son sujet de thèse : analyser le déséquilibre causé par l’amputation d’un bras pendant une activité sportive. Et tenter de le corriger avec des prothèses.
La doctorante souhaite aujourd’hui collaborer avec une quinzaine de personnes amputées. Elles effectueront des exercices physiques (test de vitesse, d’agilité, saut en hauteur...), avec et sans prothèse. Dans le gymnase du M2S, 23 caméras enregistreront leurs mouvements. « Mais il y a un problème, souligne-t-elle. Les prothèses de sport doivent résister à une forte contrainte. Le moulage doit être ultra précis et réalisé sur mesure. Cela entraîne un coût élevé. »
Jeux paralympiques
La doctorante a alors lancé le premier financement3 participatif de l’Université Rennes 2, pour réaliser les prothèses et défrayer les participants. En attendant, des tests associant des personnes valides commencent ce mois-ci.
Ces prothèses pourraient permettre à des personnes amputées de pratiquer un sport plus facilement. Si les athlètes s’en équipent, ils pourraient battre leurs records aux jeux paralympiques de 2024 à Paris !
1. Mouvement, sport, santé.
2. Sciences et techniques des activités physiques et sportives à l’Université Rennes 2.
3. Avec la plateforme Thellie, via le hashtag #balancetonbras. À suivre sur Twitter, Facebook, Instagram et YouTube.
Lyse Leclercq, 02 99 14 17 33,
lyse.leclercq@univ-rennes2.fr
Armel Cretual, 02 99 14 17 60,
armel.cretual@univ-rennes2.fr
TOUT LE DOSSIER
du magazine Sciences Ouest