Une plage sur trois recule
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D’après une étude de 652 plages bretonnes, près du tiers d’entre elles recule depuis 1950, surtout sur la côte nord.
En Bretagne, 29 % des plages sont en érosion depuis 1950. Le trait de côte, cette ligne où la terre et la mer se rejoignent, a reculé de plus de 2,50 m sur ces sites. C’est le résultat d’une étude1 réalisée par des géographes du CNRS et de l’IUEM2 sur 652 plages, représentant 335 km de littoral. Première du genre en Bretagne, cette enquête synthétise plusieurs observations scientifiques, dont les missions de photographies aériennes de l’IGN depuis les années 1950. Sur ces clichés, la position du trait de côte a été identifiée, son avancée ou son recul a été mesuré.
En baie d’Audierne
Les plages au sud perdent en moyenne moins de sable. Dans le Morbihan, 21 % d'entre elles sont en recul, contre 41 % des plages du nord (Côtes-d'Armor et Ille-et-Vilaine)3. Mais surtout, certains sites sont plus sensibles à l’érosion. C’est le cas des flèches littorales, comme le sillon de Talbert dans les Côtes-d’Armor4, ou la baie d’Audierne dans le Finistère. « Dans cette baie, le rivage a reculé d’environ 60 m entre 1950 et 2010, soit presque un mètre par an », explique Pierre Stéphan, géomorphologue du CNRS au laboratoire LETG5 de l’IUEM. Une plage sur deux est stable6 dans la région. Il s’agit surtout de petites plages, encadrées par des pointes rocheuses et des falaises. Enfin, 21 % des sites étudiés sont en progression. Ce sont souvent des plages situées près de l’embouchure d’un fleuve.
Tempêtes multiples et fortes marées
En plus des photographies aériennes, certains sites ont été observés à une échelle plus fine. Des mesures du relief sont complétées par l’analyse de données marégraphiques et météorologiques historiques. « Nous avons croisé les observations avec des mesures des vagues et des marées, pour connaître les événements à l’origine du recul du rivage. » Six périodes d’érosion majeure ont été identifiées, notamment 1962-1968 et 2013-2014. Comment les expliquer ? Elles sont la conséquence de tempêtes rapprochées qui coïncident avec de fortes marées. « Quand les vagues enlèvent des sédiments très haut sur la plage, le front de dunes recule. »
Une troisième échelle d’analyse, encore plus fine, concerne certains sites côtiers. Les chercheurs y suivent l’évolution de la forme des plages et mesurent les mouvements de l’eau. C’est le cas sur la côte nord-ouest de la rade de Brest, où la plage de Porsmilin est étudiée régulièrement. Cette plage retrouve toujours le sable qu’elle perd. Elle est stable. « Même après les tempêtes de 2014, 80 % de la plage est revenu en moins de deux jours, détaille France Floc’h, physicienne du littoral à l’IUEM. Par contre, pour retrouver son volume initial, il a fallu plus d’un an. » L’étude démontre par ailleurs que l’enrochement d’un site accélère le recul des plages voisines.
Les chiffres révélés par cette synthèse montrent que le littoral de la Bretagne est moins exposé à l’érosion que celui d’autres régions, comme la Nouvelle Aquitaine. Sa côte très découpée, avec des petites plages et des falaises, limite les mouvements du sable. Mais ce recul devrait s'accentuer, avec la montée du niveau des mers7 et l'augmentation du nombre de tempêtes.
1. Journal of coastal research.
2. Institut universitaire européen de la mer, à Brest.
3. L’étude a porté sur 145 plages des Côtes-d’Armor et d’Ille-et-Vilaine, 251 du Morbihan et 256 du Finistère.
4. Lire « Les géologues sont sur la brèche », Sciences Ouest n°373, juin 2019.
5. Littoral, environnement, géomatique, télédétection.
6. Son trait de côte a varié de moins de 2,50 m.
7. Au moins 30 cm d'ici 2100, d'après le dernier rapport du Giec.
Pierre Stéphan
pierre.stephan@univ-brest.fr
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