« Sacrifier l’océan serait une catastrophe »

Portrait

N° 375 - Publié le 1 octobre 2019
Sébastien Hervé
L'épreuve par 7
ANNE-MARIE TREGUIER

Océanographe et directrice de l’école universitaire de recherche Isblue(1) à Brest.

Magazine

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Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheuse ?

Comment aurais-je fait pour ne pas l’être ? J’ai toujours voulu être chercheuse depuis l’âge de dix ans. J’étais passionnée par l’astronomie, la physique, les sciences naturelles… Finalement, je n’ai jamais imaginé faire autre chose.

Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?

Les grands tourbillons océaniques2 peuvent atteindre une taille supérieure à celle du Finistère. J’ai ajouté ma petite pierre en montrant quelle quantité de chaleur et de sel est transportée de l’équateur aux pôles, par ces tourbillons. En étudiant comment ils fonctionnent, nous comprenons mieux le rôle de l’océan dans la régulation du climat.

Le hasard vous a-t-il déjà aidée ?

Oui, le hasard des rencontres. La science se fait collectivement et les rencontres sont extrêmement importantes dans une carrière scientifique. Dans un congrès ou lors d’une visite de laboratoire, elles ouvrent de nouvelles perspectives.

Qu’avez-vous perdu ?

Pour progresser dans la connaissance, nous devons nous concentrer sur quelques questions. Mais il y en a telle-ment d’autres qu’on se pose, pour lesquelles nous n’avons ni le temps ni les moyens de travailler ! Cela peut donner l’impression de perdre le fil. J’aurais voulu par exemple étudier comment les tourbillons sont des lieux de vie pour les organismes marins.

Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?

Une méthode pour diminuer la quantité de CO2 dans l’atmosphère en l’augmentant dans l’océan. Comme les hommes vivent dans l’air et non dans l’eau, ils pourraient être tentés de sacrifier l’océan. Ce serait une catastrophe !

Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?

La possibilité de mesurer les courants aussi facilement que les températures océaniques. Il y a beaucoup de courants que l’on ne connaît pas encore. Nous ne sommes pas tous d’accord sur la quantité d’eau qu’ils transportent et sur leur vitesse. C’est difficile à mesurer. J’aimerais voir avec précision comment ils bougent en profondeur.

Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?

La science se construit à travers les questions que se posent les sociétés, avec de la curiosité, de l’émerveillement et des relations humaines… Ce n’est pas toujours rationnel !

PROPOS RECUEILLIS PAR Marion Guillaumin

1. Interdisciplinary school for the blue planet.
2. De 100 à 300 km de diamètre.

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