L'Amazonie en surchauffe

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N° 375 - Publié le 3 octobre 2019
VINCENT DUBREUIL / LETG
Un capteur de température et d'humidité sur une tour d'observation du parc naturel régional du Cristalino (ici à 50 m de hauteur). La condensation matinale est visible au-dessus de la canopée. Des feux ont été allumés cet été à proximité de ce site, qui devient une enclave de forêt au milieu des champs.

Hausse des températures et temps plus sec : des chercheurs de Rennes et Nantes mesurent les bouleversements dans l'Amazonie défrichée.

Sur une photo1 aérienne qu’il a prise en Amazonie cet été, la forêt flambe. « Ici, vous voyez la forêt en feu, là des terres agricoles et entre les deux, des parcelles de forêts couchées pour être enflammées. »

De retour de mission, le géographe Vincent Dubreuil nous commente cette photo dans son laboratoire du LETG2 à l’Université Rennes 2. Cet été, des milliers d’incendies identiques ont été déclenchés par le défrichement pour l’agriculture. Ils ont provoqué un émoi mondial. Vincent Dubreuil ne les étudie pas directement, mais il analyse les changements d'occupation des sols et du climat dans cette région, autour de la route transamazonienne 163, dans l'État brésilien du Mato Grosso.

Vincent Dubreuil participe au projet Odyssea3, qui se termine ce mois-ci lors d'un colloque à Brasilia, et réunit vingt-quatre centres de recherche en Europe et au Brésil. Il coordonne le programme pour le LETG.  Avec trois autres géographes et une physicienne, Vincent Dubreuil a recueilli sur place les données d'une quinzaine de stations météo et d'une cinquantaine de capteurs de température et d'humidité.

« Nous avons installé ces capteurs dans la forêt et les clairières, dans les champs de soja et les pâturages, au milieu des vaches, ainsi qu'en ville. Ils nous permettent de caractériser le climat, aux échelles fines, en fonction de l'occupation du sol. » Ces données, compilées depuis 2016, révèlent les microclimats perçus par les humains, les plantes, les insectes...

Quatre degrés de plus

« Quand on coupe la forêt, la température s'élève à l'échelle locale. Nous l'avons quantifié. En journée durant la sai-son sèche, il y a jusqu'à quatre degrés de différence entre la forêt et les pâturages. La nuit, le même écart de tempéra-ture est parfois mesuré entre les champs et la ville. »  Il fait plus chaud en ville, où vit 80 % de la population amazo-nienne.

Les géographes analysent des images satellites pour cartographier l'évolution des forêts, des cultures et des villes. Des satellites, dédiés à la météo, complètent les stations au sol.  Grâce à ces données, la physicienne du CNRS Béa-triz Funatsu, au LETG à Nantes, a chiffré l’évolution de la saison des pluies. « Depuis 1979, elle perd quatre à neuf jours, tous les dix ans4.»  La déforestation serait en partie responsable, car il y a moins d'évapotranspiration5  quand il y a moins d'arbres. Le changement climatique global est aussi à l'œuvre. Et comme il fait plus sec, les feux sont plus destructeurs...

Cette évolution du climat, mesurée dans le cadre du projet Odyssea, devrait s'accélérer. Encouragée par le prési-dent brésilien Jair Bolsonaro, la déforestation s'est emballée cette année. Avec plus de 13 000 départs de feu (+ 87 % par rapport à l'année dernière), le Mato Grosso est l'un des États les plus touchés du Brésil. La plus grande forêt tropicale de la planète pourrait se réduire cette année de 10 000 km2, l'équivalent du tiers de la Bretagne.

NICOLAS GUILLAS ET JULIE LALLOUËT-GEFFROY

1. La photo est en ligne sur la version web de cet article (www.sciences-ouest.org).
2. Littoral, environnement, géomatique, télédétection. Cette unité du CNRS est associée à six universités, dont celles de Rennes et Nantes.
3. Observatory of the dynamics of interactions between societies and environment in the Amazon (2016-2019).
4. Cette tendance ne concerne qu'une partie de l'Amazonie.
5. Transpiration des végétaux.

Vincent Dubreuil
02 99 14 18 38
vincent.dubreuil@univ-rennes2.fr

Béatriz Funatsu
beatriz.funatsu@univ-nantes.fr

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