Une ergonome aux urgences

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N° 374 - Publié le 26 juillet 2019
Marion Guillaumin
Les comportements des urgentistes en formation sont analysés par la doctorante Cécile Bernard.

Une chercheuse montre l'importance d'un coordinateur à l'hôpital et en milieux extrêmes.

À l’hôpital de Lorient, des soignants se ruent vers une chambre. Un enfant est allongé, les yeux fermés, inconscient. Sa mère s’inquiète à ses côtés. Des bips retentissent et des courbes s’affichent sur un écran. « Que s’est-il passé ? Quel âge a-t-il ? » demande un pédiatre pendant que sa collègue prépare du matériel sur un chariot. Dans ce service d’urgence pédiatrique, la situation semble habituelle. C’est en réalité un exercice (1). L’enfant est un mannequin articulé (2), une puéricultrice joue le rôle de sa mère.

Scène filmée en direct

Dans la pièce à côté, deux formateurs observent la scène filmée en direct. Sur un ordinateur, ils font varier les paramètres physiologiques du jeune patient. Tandis que les courbes évoluent à l’écran, les médecins s’activent autour du mannequin. « Ils font chuter la fréquence cardiaque pour aggraver le cas », chuchote Cécile Bernard pour ne pas les perturber. Doctorante (3) au laboratoire LP3C (4) en ergonomie cognitive, elle cherche à rendre les équipes médicales plus performantes. Elle étudie leurs comportements et leurs discours, pour comprendre comment l’équipe s’organise et pose le diagnostic, sous la pression de l’urgence vitale. « S’ils gèrent ces contraintes, alors la situation est sous contrôle. »

Un chef d'orchestre

Le premier résultat de sa thèse est l’importance d’un coordinateur lors d’une prise en charge. « Dans l’urgence, l’attention se focalise sur le patient, poursuit la doctorante. Le suivi des tâches risque de ne plus se faire. L’équipe a besoin d’être guidée par un chef d’orchestre. Pour être efficace, le coordinateur ne doit pas participer aux soins. » La chercheuse suggère également d’inscrire les principales  informations et les recommandations sur un tableau dans la salle de soins. Au-delà de l’hôpital, Cécile Bernard travaille avec des médecins et des ingénieurs sur d’autres applications. 

En zone polaire ou dans l’espace

Ensemble ils font appel à l'intelligence artificielle (5) pour guider à distance une équipe isolée en zone polaire ou dans l’espace. « Le rôle du coordinateur à l’hôpital peut être adapté pour la médecine en milieux extrêmes, complète le docteur Séamus Thierry. Dans l’espace, un médecin virtuel ferait le lien entre des astronautes et des experts sur Terre. » Un prototype d’assistance, dans un casque de réalité virtuelle, est en cours de développement au Centre européen de réalité virtuelle à Brest. Il pourrait embarquer un jour sur l’ISS (6). Avant, il devrait être testé en mer lors d’une mission de Tara Océan.

Marion Guillaumin

1. Organisé par le Centre de simulation en santé du Scorff (C3S).
2. Mannequin dit de « haute fidélité ». Les grandes fonctions du corps peuvent être modifiées en temps réel.
3. Encadrée par Thierry Morineau.
4. Laboratoire de psychologie : cognition, comportement, communication (Université de Bretagne Sud, à Vannes).
5. Projet ANR VR-Mars.
6. Station spatiale internationale.

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