Les brumes de sable polluent les Antilles

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N° 374 - Publié le 26 juillet 2019
Nasa
Les brumes de sable sont des poussières des déserts africains (à droite). Transportées par des vents violents, elles traversent l'Atlantique (au centre). Après 6 000 kilomètres de voyage, elles retombent aux Antilles (en haut à gauche).

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Ces particules venues d'Afrique seraient à l’origine de naissances prématurées en Guadeloupe.

Depuis des années, une énigme intriguait les médecins. Pourquoi la Guadeloupe présente-t-elle un taux de prématurité deux à trois fois plus élevé que la métropole ? « Nous n’arrivions pas à l’expliquer avec les facteurs de risques classiques (âge de la mère, diabète) ou les caractéristiques sociologiques »,  explique le professeur Jean-François Viel1, au CHU de Rennes. L’environnement serait-il en cause ?

En 2015, un chercheur Inserm à Pointe-à-Pitre alerte ses collègues rennais : la Guadeloupe subit un pic de pollution atmosphérique dû aux brumes de sable, les yeux piquent et c’est intenable ! « Cela nous a donné l’idée de vérifier si cette pollution n’était pas l’une des causes recherchées », poursuit l'épidémiologiste.

Pendant la grossesse

L’équipe Inserm de Rennes disposait d’une étude2 sur les effets du chlordécone. Ce pesticide utilisé dans les bananeraies se retrouve dans l’alimentation des Antillais. Un groupe de femmes enceintes (cohorte nommée Ti-Moun3) et leurs enfants était suivi par les médecins. Les mères avec un taux de chlordécone élevé dans le sang avaient plus de prématurés. « Mais à eux seuls, ces résultats n’expliquent pas la différence du taux de prématurés entre les Antilles et la métropole. Nous voulions vérifier si ces femmes avaient aussi été exposées aux brumes de sable pendant leur grossesse. » Le projet BrumiSaTerre4 voit le jour.

Poussières des déserts

Les brumes de sable sont les poussières des déserts africains. Transportées par des vents violents, elles traversent l’Atlantique à 8 000 mètres d’altitude. Les plus fines sont les PM10 (diamètre de 10 microns, soit un centième de millimètre). Ces poussières se déversent sur les Caraïbes, parfois plusieurs fois par mois, de mars à octobre. Elles peuvent aussi franchir la Méditerranée et atteindre l'Europe5.

En métropole, les risques de prématurité liés à la pollution industrielle et au trafic routier ont été étudiés. Dans les Antilles françaises, sans industrie lourde, les encombrements urbains sont moins importants et le vent chasse vite la pollution. Les PM10 sont de bons marqueurs des pollutions par les brumes de sable. Grâce à l’Observatoire guadeloupéen de surveillance de la qualité de l’air (Gwad’Air), les épidémiologistes de Rennes ont retrouvé les bulletins météo de l’époque où les femmes de la cohorte Ti-Moun étaient enceintes. Constat : les mères d’un enfant prématuré avaient un taux de PM10 plus élevé.

Comment prévenir ce phénomène ? Une brume de sable est repérable par satellite6 24 heures avant son arrivée sur la Guadeloupe. Les radios locales diffusent désormais des messages d’alerte, pour recommander aux futures mères de sortir le moins possible, pendant le pic de pollution. Des SMS leur seront bientôt adressés. Sur place, les acteurs de la santé publique pourront s’emparer des résultats du projet BrumiSaTerre, pour déterminer comment les utiliser. Cette étude permettrait de mettre en place une politique de prévention, dans les Antilles françaises.

Marc Beynie

1. Épidémiologiste à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et à l'Irset (Institut de recherche en santé environnement et travail).
2. Réalisée entre 2004 et 2008.
3. Ti-Moun ou Timoun signifie « enfant » en créole.
4. Le projet BrumiSaTerre a retenu l’attention de l’Anses, qui l’a financé à hauteur de 200 000 euros.
5. Le 16 octobre 2017, le ciel breton est devenu orange, coloré par une brume de sable exceptionnelle.
6. Un satellite météo américain.

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