Une maison du néolithique à Molène
Le toit était en chaume ou en terre.
Elle a été construite il y a 4000 ans.
« Quand nous avons commencé les fouilles à Molène, aucune maison du néolithique n’était connue en Bretagne. » En 2001, Yvan Pailler, alors doctorant en archéologie(1), prospecte dans l’archipel de la mer d’Iroise. Dix-huit ans plus tard, l’archéologue de l’Inrap(2), basé à Plouzané, codirige avec Clément Nicolas(3) la publication du livre Une maison sous les dunes(4). Il relate leurs découvertes de 2003 à 2011 : la première maison armoricaine la mieux conservée de la période qui succède au néolithique, le bronze ancien.
Sur l’île, l’équipe découvre beaucoup de mégalithes, ainsi que des amas coquilliers. « Ce sont des masses de coquillages récoltés par l’Homme et jetés après avoir été consommés. » Dans ces dépotoirs préhistoriques, les outils en silex côtoient les céramiques, les déchets alimentaires, les os d’animaux, les arêtes de poissons, les fruits... « Les coquillages empêchent le contenu de l’amas de se dégrader au contact du sol. Nous pouvons savoir ce que les hommes mangeaient, quels animaux ils chassaient et quels végétaux ils collectaient. »

Un tumulus ?
Au début des années 2000, sur le conseil de l’archéozoologue Anne Tresset(5), les scientifiques et les bénévoles étudient un dépotoir datant du néolithique, situé à la pointe de Beg ar Loued sur Molène. En 2004, l’équipe dégage des murs de pierres sèches. S’agit-il d’un tumulus ? Malgré le tamisage systématique des sédiments, les archéologues ne trouvent pas d’ossement humain. Il ne peut donc pas s’agir d’une tombe. Et si c’était une maison ?
En postdoctorat en Écosse en 2005, Yvan Pailler découvre la “tradition de la pierre sèche” des maisons du néolithique et du bronze ancien dans les Shetlands(6) et ailleurs. La construction de Molène semble bâtie sur le même plan. Pour l’archéologue breton et ses collègues écossais, « aucun doute, c’est une maison du bronze ancien ! »
Deux habitations
Au cours des fouilles, l’équipe découvre qu’il y a en réalité deux maisons. L’une est bâtie sur les ruines de l’autre, plus ancienne, qui remonte au néolithique final. Celle-ci est donc contemporaine de l’amas coquillier ! « La première maison a été occupée environ 150 ans jusqu’à 2000 ans av. J.-C. Elle a été abandonnée pendant une ou deux générations. Quand les hommes y reviennent, au lieu d’aplanir le terrain, ils construisent une habitation sur les restes de la précédente. » Résultat : les murs manquent de s’effondrer... Ils sont renforcés jusqu’à 2,5 m d’épaisseur.
Le site est occupé jusqu’à environ 1750 av. J.-C. « Nous avons trouvé des squelettes de moutons. Ils ont dû s’y abriter, notamment vers 1400 av. J.-C. Trois cents ans plus tard, la maison est recouverte par une dune de sable. » Quelques pans de murs manquent, dont
les pierres ont servi à délimiter une parcelle cultivée. Il devait aussi y avoir d’autres maisons, plus proches encore de la pointe. Elles auraient disparu avec l’érosion de la côte.
Visite virtuelle
« J’aurais aimé que notre travail soit restitué au public, par exemple avec des panneaux explicatifs, poursuit Yvan Pailler. Mais avec l’érosion, le site disparaîtra dans quelques années. » La maison reprendra forme grâce à un scan en 3D réalisé en collaboration avec le Cerv(7). La visite virtuelle sera possible cet automne, à la maison de l’environnement insulaire de Molène.
(1) Au Centre de recherche bretonne et celtique à Brest.
(2) Institut national de recherches archéologiques préventives.
(3) Postdoctorant CNRS au laboratoire Trajectoires.
(4) Éd. Sidestone Press, 2019, 736 pages.
(5) L’ouvrage rend hommage à l’archéologue, disparue début 2019.
(6) Archipel situé au nord-est de l’Écosse. Des maisons au plan ovalaire semblables à celle de Molène y ont été trouvées, datant elles aussi du néolithique. Elles montrent une unité de l’habitat de l’époque sur la façade Atlantique.
(7) Centre européen de réalité virtuelle.
Yvan Pailler
tél. 02 90 91 55 57
yvan.pailler@inrap.fr
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