Les nouveaux signes de Gavrinis

N° 373 - Publié le 13 juin 2019
Éric de Bagneux
La chambre funéraire de Gavrinis.
Quatre à six mois étaient nécessaires pour graver une dalle.

La numérisation du cairn de Gavrinis révèle le sens caché des gravures.

Des courbes, des arcs, des haches polies... L’archéologue du CNRS Serge Cassen étudie les symboles gravés il y a plus de 5700 ans dans le cairn de Gavrinis. Ce site néolithique, sur une île du golfe du Morbihan, est exceptionnel. Si le tracé des gravures était aligné, il formerait une œuvre de 900 m de long. En 2013, le chercheur a reconstitué le monument funéraire en 3D(1). Depuis, au Creaah(2) à Nantes, il analyse chaque symbole des 28 dalles(3). Il décrypte actuellement la dernière.

L’acquisition d’images en trois dimensions révèle des informations inédites. « Tous les détails apparaissent, explique Serge Cassen. Cela permet d’identifier chaque motif. Nous pouvons les dater les uns par rapport aux autres. C’est une nouveauté. » Les symboles se répètent parfois sur plusieurs dalles et peuvent se retrouver sur d’autres sites mégalithiques.

Un bateau et son équipage

Résultat, ce que l’on croyait être un bœuf depuis la découverte (signe en forme de U, dit cornu) se révèle être un oiseau. « Le néolithique ne se résume pas à l’agriculture, poursuit l’archéologue. Il y avait aussi des compétitions entre territoires. » La hache “du bûcheron” est en réalité une arme de guerre. La “hache-charrue” est en fait un cachalot. Cet animal peut représenter la nature sauvage ou une population. Un bateau avec équipage est souvent retrouvé. C’est l’un des résultats majeurs de l’étude iconographique qui se termine. « De nombreuses spirales représentent le fort courant marin. Ce type de bateau symbolise la navigation. » Peut-être une référence au voyage funéraire ou au transfert maritime de biens.

Aucun motif au hasard

« Chaque dalle, différente des autres, est un monde en soi. Mais l’ensemble semble avoir une cohérence. » Aucun motif n’est placé au hasard, tout est réfléchi. L’étude montre qu’un graveur passait quatre à six mois par dalle. Cet investissement paraît disproportionné face aux objets découverts à l’intérieur, plutôt anodins. Les scientifiques espèrent obtenir des réponses une fois le récit des gravures entièrement déchiffré. La méthodologie utilisée par les archéologues à Gavrinis leur permet de recenser les gravures sur d’autres mégalithes en Bretagne. Un inventaire régional de cet art pariétal sera publié en 2020.


 

LA LECTURE D'UNE OEUVRE

Cette dalle de Gavrinis (en photo ci-dessus, à gauche) mesure 1,50 m de haut. Au centre, les trous ne sont pas naturels comme on le croyait. Ils ont été creusés après les gravures. Pour créer cette image, Serge Cassen et Valentin Grimaud ont fusionné un modèle 3D avec une cinquantaine de photographies des gravures. Les archéologues ont colorisé les tracés de manière artificielle. Un trait de couleur correspond à l’enlèvement de matière en continu par le graveur. Chaque motif devient visible. La chronologie de l’ensemble apparaît.

Marion Guillaumin

(1) Lire Le cairn de Gavrinis numérisé en 3D, Sciences Ouest n° 312, septembre 2013.
(2) Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire.
(3) Appelés orthostates, ces blocs de pierres sont dressés sous un plafond de dix tables de pierre. Ils mesurent 1,50 m de haut.

Serge Cassen
tél. 02 53 52 26 52
serge.cassen@univ-nantes.fr

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