L’air pollué ralentirait le cerveau
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Cent mille personnes sont suivies.
Et si le cerveau fonctionnait moins bien, quand on vit longtemps dans un air pollué ? Pour le savoir, Bénédicte Jacquemin, médecin et épidémiologiste à l’Irset(1), coordonne à Rennes le projet Pocomo(2). Il a commencé en 2017 mais s’appuie sur des recherches antérieures.
Depuis 1996, pour surveiller la qualité de l’environnement, un projet coordonné par le Muséum national d’histoire naturelle(3) consiste à étudier les mousses, récoltées dans les forêts. N’ayant pas de racines, elles absorbent les éléments présents dans l’air, dont les polluants. En les séchant puis en les broyant, on connaît leur concentration en plomb, en mercure ou en cadmium(4) liée aux activités humaines.
Métaux atmosphériques
En étudiant ces mousses, prélevées régulièrement sur 500 sites en France, les scientifiques, dont la biologiste Émeline Lequy-Flahault, établissent en 2011 des cartes de concentration pour treize métaux atmosphériques. Ils contactent l’Inserm(5) pour établir un lien avec la santé. Bénédicte Jacquemin y étudie justement les effets de la pollution de l’air sur le cancer.
« Les effets nocifs des polluants atmosphériques sur le cerveau ont déjà été mis en évidence, notamment sur le développement neuronal des enfants, rappelle la chercheuse Inserm. Mais très peu d’études s’intéressent à l’effet des métaux atmosphériques sur le processus cognitif des adultes. »
Tests de mémoire
Le projet Pocomo associe 100000 personnes de plus de 45 ans. Ces volontaires de la cohorte Contances participent depuis plusieurs années à une enquête de santé publique. En connaissant l’adresse résidentielle de chaque volontaire, il est possible d’évaluer son exposition aux métaux atmosphériques, grâce aux cartes des pollutions. Chaque personne de la cohorte passe des tests avec un neuropsychologue. L’objectif n’est pas de détecter une pathologie, mais de mesurer par exemple la mémoire du court terme ou du long terme. « Nous voulons savoir si les personnes plus exposées à la pollution ont des performances cognitives moins bonnes que les autres. » Un second test, réalisé dans trois ou quatre ans, permettra de vérifier si la cognition évolue selon le degré de pollution.
Rennes et Saint-Brieuc
Mais tout n’est pas gagné. Comme les mousses sont prélevées dans des forêts, les données ne sont pas représentatives du milieu urbain. Les polluants varient beaucoup en ville, notamment à cause du trafic. À Paris, Lyon, Marseille et Lille, où vivent 30 % des volontaires de la cohorte, d’autres mousses prélevées(6) sont en cours d’analyse par l’Inra(7). Elles ont été récoltées sur les surfaces bétonnées des cimetières. En Bretagne, Bénédicte Jacquemin souhaiterait prélever des mousses à Rennes et Saint-Brieuc, pour affiner les cartes et les modèles.
Les résultats seront connus d’ici deux ans. Une autre étude, signée(8) par les deux chercheuses vient d’être publiée(9). Elle montre qu’être exposé pendant plusieurs années à la pollution de l’air, par les métaux, augmente le risque de mortalité.
Rendez-vous le 19 novembre aux Mardis de l’Espace des sciences avec Bénédicte Jacquemin et Philippe Glorennec de l’EHESP(10) pour la conférence “Respirer un air plus sain”.
(1) Institut de recherche en santé, environnement et travail.
(2) Le projet ANR Pocomo (Pollution, cognition et mousses) associe trois équipes de l’Inserm et une de l’UMS Patrimoine naturel.
(3) Le dispositif Bramm est coordonné au MNHN par Sébastien Leblond et Caroline Meyer.
(4) L’arsenic, le fer et le cuivre sont d’autres exemples de métaux détectables.
(5) Institut national de la santé et de la recherche médicale.
(6) Par l’UMS Patrimoine naturel.
(7) Institut national de la recherche agronomique.
(8) Avec leurs collègues du MNHN.
(9) Environment International, août 2019.
(10) École des hautes études en santé publique.
Bénédicte Jacquemin
tél. 02 23 23 77 69
benedicte.jacquemin@inserm.fr
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