Ici les arbres vivront des siècles

La forêt du futur

N° 372 - Publié le 6 mai 2019
Nicolas Guillas
Cette hêtraie sur la butte de Malvran (Morbihan) est laissée intacte pour les générations futures.

En presqu’île de Crozon et près du lac de Guerlédan, la Bretagne compte deux réserves biologiques intégrales.

Dans ces deux forêts, les arbres ne seront pas coupés. Dans trois cents ans, si la charpente d’un monument s’enflamme, les jeunes pousses d’aujourd’hui feront l’affaire. Ces forêts sont des réserves biologiques intégrales (RBI). La première est le bois du Loc’h, qui occupe 72 hectares en presqu’île de Crozon. Le 11 décembre dernier, cette réserve de l’Office national des forêts a été labellisée “Liste verte” par l’Union internationale pour la conservation de la nature(1).

La seconde réserve, sur la butte de Malvran, en forêt de Quénécan, est plus récente. Sa création a été signée le 24 décembre par les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture. « C’est une nouvelle réserve biologique en Bretagne », s’enthousiasme Thierry Couespel, chargé de mission Espace naturel et forêt au Conseil départemental du Morbihan. Dans cette forêt, achetée en 1987 par le département, la RBI de Saint-Aignan s’étire sur les 113 hectares d’une colline.

Laisser la forêt évoluer

« La butte de Malvran est une hêtraie-chênaie typique d’une forêt bretonne, poursuit Thierry Couespel. Lors d’un inventaire en 2010, le Conservatoire botanique de Brest a confirmé l’intérêt d’un classement en RBI. » Après sa visite en 2012, l’Office national des forêts, qui pilote les projets de RBI, estime que le site est parfait pour une réserve. Le principe est de laisser la forêt évoluer. Aucune coupe n’est autorisée, sauf pour la sécurité des promeneurs. En concertation avec les acteurs locaux, des sentiers balisés, pédestres, équestres et VTT sont conservés.

Les hêtres, les chênes, les ifs, les houx et d’autres essences grandissent dans cette forêt. Des photos aériennes montrent que ces arbres n’ont pas été coupés depuis 1952. La réserve est au milieu de la forêt qui alimentait les forges des Salles. Elle est mentionnée dès le 12e siècle, lors de la construction de l’abbaye voisine de Bon Repos. « Après des coupes, la forêt s’est toujours reformée. Il y a eu une continuité forestière pendant des siècles, c’est très important. »

« Le bois mort est une richesse »

Pour suivre l’évolution des écosystèmes, l’ONF va mesurer tous les dix ans la quantité de bois mort sur plusieurs sites. « Le bois mort est la richesse d’une forêt en terme de biodiversité, résume Thierry Couespel. C’est là que les invertébrés, mais aussi les mousses et les lichens se développent... Tout ce qui participe à la décomposition du bois. » Ce bois mort est l’un des points d’intérêt des scientifiques, au sein du comité de pilotage de la réserve.

Végétaux, mammifères, reptiles, oiseaux... Des inventaires de presque tous les organismes vivants ont été réalisés ou sont prévus. Certaines espèces n’ont été repérées nulle part ailleurs en Bretagne, notamment des mousses et des lichens. Plusieurs espèces de chauves-souris, la loutre d’Europe et l’escargot de Quimper apprécient ce coin de verdure, où les gros chênes ont plus de deux cents ans. Les arbres, comme le chêne sessile(2) qui s’épanouit sur la butte, devraient résister ici au changement climatique. Ce site, dont la biodiversité va s’enrichir petit à petit, sera un bel observatoire pour les scientifiques du 22e siècle.

Nicolas Guillas

(1) Dix sites naturels ont été labellisés en France en 2018. Cette distinction internationale récompense l’efficacité et la qualité de la gestion des espaces protégés.
(2) Ou chêne rouvre.

Thierry Couespel
tél. 02 97 69 50 37,
thierry.couespel@morbihan.fr

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest