Détecter plus vite l’infection
Aux petits soins
Un projet vise à détecter les infections chez le prématuré avant les premiers symptômes.
Ce n’est pas facile d’être un grand prématuré. Quand un enfant naît entre 24 et 32 semaines de grossesse, ses systèmes immunitaire et digestif, son cerveau et ses poumons ne sont pas prêts à affronter la vie au grand air. Ces petits bébés sont nombreux, entre 10 à 20 %, à contracter des infections. Moins d’une sur cinq peut être mortelle. À Rennes, le professeur Patrick Pladys, chef du service de pédiatrie du CHU(1), coordonne le projet européen Digi-NewB(2) avec Guy Carrault du LTSI(3). L’objectif est de développer des méthodes, précoces et non invasives, pour détecter ces infections.
Un indice de suspicion d’infection, contractée pendant l’hospitalisation du prématuré, a été défini. « Cet indice va de 0 à 100, décrit Patrick Pladys. À 50, l’infection est suspectée. À 80, nous en sommes sûrs. Nous voulons que l’indice nous dise le plus tôt possible si le bébé est infecté, pour pouvoir le soigner. »
Les six CHU du réseau
Pour ce faire, le médecin et les équipes qu’il coordonne dans les six CHU du réseau Hugo(4) utilisent les données recueillies auprès de 420 grands prématurés(5) : leurs rythmes cardiaque et respiratoire, ainsi que leur oxygénation. Des caméras(6) ont été installées autour des couveuses, pour enregistrer les mouvements des bébés. « Les rythmes cardiaques et respiratoires ne sont normalement pas constants dans le temps, ils s’adaptent à l’environnement. Quand un enfant est malade, il bouge moins et la complexité de ces rythmes diminue », explique le médecin.
« Aujourd’hui, nous avons identifié des variables importantes pour l’indice, sur quelques cas cliniques. Pour l’un des cas, l’indice détectait l’infection de l’enfant 48 h avant le clinicien. » Une fois ces paramètres identifiés et leur fiabilité vérifiée, ils sont intégrés à une banque de données. Ce travail est réalisé par une équipe Inserm(7) du LTSI.
Modèles de prédiction
Des scientifiques de l’Université de Tampere, en Finlande, utilisent cette base de données pour établir les modèles de prédiction des infections, donc l’indice de risque infectieux. « Une fois que cet indice est créé, les cliniciens doivent accepter de s’en servir et savoir l’interpréter », détaille Patrick Pladys.
Une interface est en cours de création.
« Elle est développée avec l’entreprise Syncrophi à Galway, qui crée un logiciel en faisant la connexion entre le traitement et l’analyse des données, complète Maude Luherne, la manager du projet. L’Université nationale d’Irlande à Galway travaille sur la facilité d’utilisation de l’interface par les soignants. Ils la testent et l’améliorent. » Des chercheurs de l’Université de Porto (Portugal) complètent l’élaboration de cet indice, grâce à une étude approfondie des rythmes cardiaques.
Le but, d’ici 2020, est d’obtenir la preuve de la performance du dispositif. « Nous espérons qu’il sera aussi performant qu’une prise de sang. »
(1) Centre hospitalier universitaire.
(2) Financé par le programme Horizon 2020 de recherche et d’innovation de l’Union européenne, ce projet de trois ans se termine l’an prochain.
(3) Laboratoire de traitement du signal et de l’image de l’Université de Rennes 1.
(4) Hôpitaux universitaires du Grand Ouest.
(5) À la fin du projet, les données de 700 bébés seront prises en compte.
(6) Développées par l’entreprise Voxygen, à Lannion.
(7) Institut national de la santé et de la recherche médicale.
Patrick Pladys, tél. 02 99 26 71 62, patrick.pladys@chu-rennes.fr
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