Chouchouter les prématurés
Aux petits soins
Une étude est menée pour diminuer le stress du prématuré. Les observations se poursuivent à domicile.
Passer du ventre de sa mère à l’hôpital est une épreuve pour le bébé prématuré(1). Le défi de l’équipe de néonatologie à Brest est de lui apporter des soins importants dans un environnement rassurant. Premier centre hospitalier européen à implanter le programme américain Nidcap, l’établissement prend en charge 120 grands prématurés par an. « Nous suivons individuellement chaque prématuré, explique le professeur Jacques Sizun qui coordonne ce programme. L’environnement est adapté pour qu’il soit le moins stressant possible pour le bébé et pour améliorer son développement. » L’équipe a formé une vingtaine d’établissements au Nidcap, dont Rennes, Saint-Brieuc et Vannes.
En réduisant la lumière et le niveau sonore (bruits des équipements et du personnel), le bébé subit moins de stress. Il consomme moins d’oxygène et son sommeil est meilleur. Ce programme lui permet de rester moins longtemps dans le service(2).
Avec les parents
L’équipe analyse le comportement du bébé, tout au long de son séjour. Les parents participent aux soins. Leur présence contribue au bien-être de l’enfant. Elle peut être illimitée. « Dès que le prématuré est installé dans le service, nous apprenons aux parents certaines stratégies indispensables », poursuit le pédiatre. Parmi elles, la technique de peau à peau(3) a des effets physiologiques (rythme cardiaque, température), comportementaux et psychologiques. « Cette pratique est validée scientifiquement, tout comme les bienfaits du lait maternel pour le système digestif et le développement cérébral du bébé. »
240 enfants pendant deux ans
Même chouchoutés à l’hôpital, les enfants nés prématurés rencontrent des difficultés dans leur scolarité. « Changer l’environnement dans nos services n’est peut-être pas suffisant, constate Jacques Sizun. Nous voulons tester si un suivi en milieu naturel améliore le développement. » Une nouvelle étude(4) va démarrer au CHRU de Brest avec 240 enfants suivis pendant deux ans. L’idée est de poursuivre les observations à domicile, une fois par mois pendant six mois. Dès ce mois d’avril, le personnel soignant va être formé. En 2020, les effets avec et sans suivi à domicile seront comparés. Le professeur Sizun porte aussi un intérêt particulier aux enfants nés seulement un mois et demi avant le terme(5). « Ils sont les oubliés de la recherche. Ces bébés ont moins besoin de soins que les grands prématurés, mais ils sont très nombreux. » Une intervention courte et précoce pourrait permettre de mieux appréhender les risques.
(1) En France, 56000 enfants naissent avant le terme (7 % des naissances). Un prématuré moyen naît entre 7 à 8 mois de grossesse, un grand prématuré entre 6 à 7 mois de grossesse et un très grand prématuré en deçà de 6 mois de grossesse.
(2) Un nouveau-né de 25 semaines est hospitalisé habituellement trois mois. Si tout va bien, il peut partir une semaine plus tôt.
(3) Le peau à peau consiste à poser le nourrisson nu ou en couche sur la poitrine nue de l’un de ses parents.
(4) Intitulée IBAIP (Infant behaviour assessment and intervention program), l’étude s’inspire d’essais menés aux Pays-Bas.
(5) Nés entre 33 et 37 semaines.
Jacques Sizun, jacques.sizun@chu-brest.fr
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du magazine Sciences Ouest