Ces algues soignent la peau

L'innovation naît en mer

N° 370 - Publié le 6 mars 2019
Seppic
Cette algue rouge présente en Bretagne (Asparagopsis armata) contient un actif, révélé par Biotechmarine. Il permet de lutter contre le vieillissement des cellules de la peau.

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En cultivant des cellules d’algues, Biotechmarine conçoit des produits cosmétiques.

S’inspirer de la nature pour créer des produits cosmétiques, voilà le credo de Biotechmarine. Cette société(1) est basée à Pontrieux, près de l’archipel de Bréhat à la flore marine exceptionnelle. Rémi Laville en est le responsable innovation et développement. Il a extrait de l’algue rouge Asparagopsis armata, un élément actif, appelé MAA, que le lièvre de mer, un gastéropode, utilise pour sécréter une encre. Celle-ci lui permet de prévenir ses congénères d’un danger.

Une crème anti-âge

Autre découverte, ce MMA permet de parasiter des interactions entre les cellules. Rémi Laville l’applique au système de communication entre les cellules humaines de la peau. « Les cellules vieillissantes communiquent avec leurs voisines et les poussent à vieillir, elles aussi, explique-t-il. On appelle cela le vieillissement contagieux. Le MAA parasite cette communication. » C’est pour cette raison qu’il est utilisé dans une crème anti-âge, pour la peau. Mais il ne suffit pas de découvrir des actifs. Encore faut-il pouvoir les extraire des cellules et les cultiver !

Des conditions de culture spécifiques

C’est à cela que s’attelle Erwan Le Gélébart, chef de projet recherche et développement de Biotechmarine. Il a conçu une technique originale de culture de cellules de macroalgues. « En laboratoire, leur composition chimique diffère de celles présentes dans le milieu naturel. Nous accentuons ces différences, en modulant leur métabolisme dans des conditions de culture très spécifiques. » Par exemple, en augmentant la salinité.

Ces recherches sont soumises aux contraintes économiques. « Nous avons toujours en tête le protocole de Nagoya, la réglementation du marché chinois et le label Cosmos », explique Rémi Laville. Ce protocole est un accord international signé par la France en 2011 pour lutter contre la biopiraterie et favoriser l’instauration de bonnes pratiques d’exploitation des ressources. Pourquoi cette référence au marché chinois ? Parce qu’il est nécessaire de s’adapter à ses exigences, il n’autorise qu’une quarantaine d’espèces d’algues. Quant au label Cosmos, dédié à la cosmétique bio, il est un incontournable pour la vente des crèmes et shampoings. Une attention toute particulière est portée sur les solvants employés.

Biotechmarine est ainsi tournée vers l’international. Ses représentants seront d’ailleurs fin avril en Corée du Sud, afin d’expliquer leurs avancées en biotechnologie algale. La société costarmoricaine, qui a développé un procédé de culture cellulaire durable, est aussi engagée dans la protection des macroalgues locales, en Bretagne.

Julie Lallouët-Geffroy

(1) Biotechmarine est une filiale du groupe Seppic. Elle emploie 39 salariés.

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