Vers des pêches françaises durables

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N° 370 - Publié le 6 mars 2019
Ifremer/S. Paul / M. Guillou
Pour connaître les stocks de poissons, l'Ifremer organise des campagnes océanographiques, en complément des données récoltées en criées ou auprès des pêcheurs. Tous les poissons pris dans le chalut sont identifiés.

La moitié des stocks de pêche est exploitée durablement, d’après l’Ifremer.

Plus de 420 000(1) tonnes de poissons, crustacés et mollusques ont été pêchées sur les façades maritimes continentales en 2017. L’Ifremer a présenté ce bilan des ressources halieutiques françaises, le 1er février. Près de la moitié(2) des prises a été exploitée de façon durable. Parmi ces espèces, citons la plie et le lieu noir en mer du Nord, la baudroie blanche en mer Celtique et la coquille Saint-Jacques en baies de Saint-Brieuc et de Seine. Dans le golfe de Gascogne, le merlu, l’anchois et la baudroie blanche se portent bien. La sole a intégré la catégorie durable l’an dernier.Un stock correspond à la partie exploitable d’une espèce, dans une zone géographique délimitée. Le long de nos côtes, les 600 ingénieurs et chercheurs de l’Ifremer étudient 200 stocks, soit 50 espèces. Pour chaque stock, ils estiment la biomasse des reproducteurs et le taux de     mortalité dû à la pêche. Cela permet de prévoir son évolution. L’Ifremer travaille avec des commissions scientifiques internationales(3). Les recommandations sont utilisées par la Communauté européenne, pour fixer les quotas de pêche, par pays et par stock.

27 % d’espèces surpêchées

Si la moitié de ces pêches sont durables, plus du quart des prises(4) en revanche sont issus de stocks d’espèces surpêchées. En mer du Nord et mer Celtique, le merlan, et l’aiglefin sont dans le rouge ! De même pour le maquereau et le bar, sur toute la façade Atlantique. Enfin, 25 % des prises ne sont pas évalués ou classifiés. Les saint-pierre et les congres de Manche Ouest, de mer Celtique ou du golfe de Gascogne ne sont ainsi pas référencés.

L’état des réserves halieutiques françaises peut sembler moyen. « Mais il y a 20 ans la situation était catastrophique, indique Alain Biseau, coordinateur des expertises halieutiques pour l’Ifremer. Aucun stock n’était pêché durablement ! Aujourd’hui la pression de pêche est plus modérée et dans l’Atlantique, la biomasse a augmenté de 39 % entre 2003 et 2010. »

500000 poissons mesurés

Cette amélioration est le fruit du travail des scientifiques. Ils procèdent à de nombreuses collectes de données. Tous les ans, sur neuf navires de l’Ifremer, 40000 otolithes de poissons sont prélevés puis étudiés au laboratoire. Ces pièces calcaires, situées dans l’oreille interne des poissons, indiquent leur âge. En reliant âge et taille des individus, les chercheurs déterminent l’état d’un stock. Leurs travaux se poursuivent sur les criées, les quais, et à bord des navires de pêche où ils mesurent 500000 poissons par an.

Les ingénieurs halieutes estiment connaître 90 % des prises des 4500 navires de pêche français. Si les quotas sont correctement suivis par la pêche commerciale et les pêcheurs amateurs, les stocks surpêchés devraient se reconstituer. D’ici une vingtaine d’années ? C’est la grande question. Cet état des lieux des ressources, le long de nos côtes continentales, reste local. Les océans n’ont pas de frontières : ailleurs, comme dans l’océan Indien, la surpêche ou la surexploitation des ressources est catastrophique.

 

LE BAR EST SUIVI À LA TRACE

Sa biomasse baisse depuis une dizaine d’années. Le bar est une espèce divisée en deux stocks. L’un au nord (Manche-mer du Nord et mer Celtique), l’autre au sud (golfe de Gascogne).

Le stock nord était surpêché. En 2015, la Commission européenne a restreint le nombre de prises et augmenté la taille minimale des captures. Cet effort doit être maintenu en 2019. Côté sud, l’effondrement du nombre des géniteurs inquiète les scientifiques, qui préconisent une baisse du nombre de prises.

Après avoir étudié les déplacements des stocks de bars de 2014 à 2017, l’Ifremer lance cette année une étude sur la fidélité des bars à leurs sites de reproduction. L’objectif est de savoir s’il est judicieux de distinguer deux stocks.

 

Marc Beynié

(1) 422588 tonnes.
(2) 48 %.
(3) Notamment le Conseil international pour l’exploration des mers (Ciem) et la Commission pêche de l’Atlantique Centre-Ouest (Copaco).
(4) 27 %.

Alain Biseau, tél. 02 97 87 38 00,
alain.biseau@ifremer.fr

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