Les gorilles des plaines font ami-ami

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N° 370 - Publié le 6 mars 2019
Des échanges entre groupes observés au Congo.

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Au fond d’une forêt congolaise, un groupe de gorilles des plaines en rencontre un autre. Les jeunes jouent ensemble. Les femelles cherchent de la nourriture côte à côte. Le tout sous le regard bienveillant de deux mâles dominants. Cette scène est inimaginable chez une autre espèce, les gorilles des montagnes. « Ces deux espèces n’ont pas le même degré de tolérance entre individus de groupes voisins », explique Pascaline Le Gouar, écologue à l’Osur(1), qui les étudie dans leur milieu naturel(2).

La vie des gorilles des plaines reste méconnue. Ils vivent en forêt, où ils sont peu visibles. « Nous avions déjà observé une certaine tolérance dans les clairières, où ces gorilles viennent manger. Mais c’est la première fois que des échanges rapprochés sont observés en forêt », précise l’écologue CNRS Nelly Ménard. Pour arriver à ce résultat, qui vient de faire l’objet d’une publication scientifique, une équipe a suivi 120 gorilles répartis dans trois groupes pendant cinq ans.

Relations de parenté

Les observations ont été complétées par des analyses d’excréments. « Les crottes ont été récoltées sur les sites de nids, fabriqués au sol pour la nuit », précise Nelly Ménard. « Elles contiennent des cellules de l’intestin des gorilles. L’ADN extrait permet de déterminer les relations de parenté entre individus », complète le généticien Dominique Vallet.

Les chercheurs ont eu la surprise de découvrir que certains individus, surtout les jeunes, passent fréquemment d’un groupe à l’autre. De plus, un mâle dominant n’est pas forcément le père de tous les enfants de son groupe. Des mères arrivent gestantes ou avec leur enfant. Contrairement aux gorilles des montagnes, aucun cas d’infanticide n’est connu chez ceux des plaines.

Décimés par le virus Ebola

Ces relations pacifiques ont un revers : la transmission de maladies et de parasites. Au début des années 2000, certaines populations de gorilles des plaines ont presque été décimées par le virus Ebola(3). Elles se reconstituent lentement, sûrement grâce à leur capacité à s’intégrer facilement aux individus venus d’ailleurs.

Maryse Chabalier

(1) Observatoire des sciences de l’Univers de Rennes (Université de Rennes 1, CNRS). L’IGDR (Institut de génétique et développement de Rennes) a participé à cette recherche.
(2) Dans une forêt de la République du Congo.
(3) Lire À l’affut des gorilles du Congo, Sciences Ouest n° 303, novembre 2012.

Nelly Ménard, tél. 02 99 61 81 72, nelly.menard@univ-rennes1.fr
Pascaline Le Gouar, tél. 02 99 61 81 73, pascaline.legouar@univ-rennes1.fr
Dominique Vallet, tél. 02 99 61 81 71, dominique.vallet@univ-rennes1.fr

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