Le zooplancton a changé la planète

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N° 370 - Publié le 6 mars 2019
Stefan Lalonde
Les chercheurs Pierre Sans-Jofre et Lucile Roué dans la Vallée de la mort, aux États-Unis. Les sédiments rouges ont 635 millions d’années. La vie pluricellulaire s’est fortement développée après cette période.

À la fin d’une glaciation, il y a 635 millions d’années.

Que serait la vie sans prédateur ? Pas grand-chose d’après une étude publiée dans Nature. Elle est cosignée par Pierre Sans-Jofre, maître de conférence au LGO(1) à l’IUEM(2), et ses collègues. Grâce à l’analyse de roches prélevées au Brésil et aux États-Unis, ils ont découvert comment la vie pluricellulaire s’est développée, à la suite d’épisodes géologiques appelés “Terre Boule de neige”.

De la glace jusqu’aux tropiques

« On parle de Terre Boule de neige, lorsque la planète a connu une glaciation très importante voire totale, explique le géochimiste brestois. La glace atteint les tropiques. L’albédo(3) augmente. Ce cercle vicieux a pour conséquence l’englacement de toute la planète. » La Terre a connu ce phénomène au moins trois fois. Il peut durer plusieurs dizaines de millions d’années !

L’épisode glacé auquel Pierre Sans-Jofre s’intéresse s’est déroulé il y a 635 millions d’années. De manière surprenante, la fin de cette glaciation correspond au boom de l’évolution ! Celui-ci a permis à toutes les lignées d’émerger rapidement et de coloniser les océans et les continents.

Comment cela s’est-il produit ? Selon l’équipe internationale, les océans étaient alors peuplés de bactéries et d’algues unicellulaires, mais pas seulement. « Nous pensons que beaucoup de choses ont survécu sous des formes de résistance diverses à la Terre Boule de neige, dont du zooplancton », s’enthousiasme Pierre Sans-Jofre.

Lorsque les biogéochimistes ont analysé les roches collectées en 2011 et 2014, ils ont découvert un biomarqueur(4) auquel ils ne s’attendaient pas. Le BNG, pour “25,28-bisnorgammacerane”. Sous ce nom se cache une petite molécule, que les chercheurs ont attribuée au... zooplancton. Celui-ci est un prédateur : il mange les bactéries et les algues.

D’après Pierre Sans-Jofre et son équipe, le zooplancton a colonisé les océans par une prédation massive. Il a profité d’une surpopulation de bactéries, laissant progressivement la place aux algues. À partir de là, l’océan se serait trouvé rempli des ressources alimentaires nécessaires à l’évolution de nouvelles formes de vie devenues de plus en plus complexes, nombreuses et diverses. Que serait la vie sans cette prédation ? Nous ne serions pas là pour le savoir.

Claire Guérou

(1) Laboratoire Géosciences océan (CNRS, Université de Bretagne Occidentale).
(2) Institut universitaire européen de la mer.
(3) Quand les rayons solaires sont fortement réfléchis par la glace, le Soleil chauffe moins la Terre.
(4) Molécule laissée par un organisme, fossilisée dans une roche.

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