Des éponges pour nettoyer la mer

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N° 370 - Publié le 6 mars 2019
L’éponge marine Hymeniacidon perlevis se nourrit de bactéries.
En purifiant l’eau, elle peut protéger les parcs à huîtres.
Pierre Sauleau

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Ces animaux peuvent dépolluer. Mais comment les élever ?

En filtrant l’eau pour s’alimenter, les éponges(1) accumulent des polluants biologiques et chimiques(2). Jadis considérés à tort comme des végétaux, ces animaux sont présents partout dans le monde, des eaux douces aux grandes profondeurs. Pierre Sauleau, biochimiste au LBCM(3) à Lorient, s’intéresse à l’espèce marine Hymeniacidon perlevis, abondante en Bretagne. Son défi consiste à élever ces éponges, plus précisément dans les zones à dépolluer. « Il faudrait ensuite les prélever pour en extraire les contaminants », résume le chercheur.

Tout l’enjeu est de maîtriser l’élevage des éponges, sans affecter l’environnement. Ces animaux se fixent naturellement à un rocher, une algue ou une coquille. La plupart des supports utilisés en spongiculture(4) contiennent du plastique. Comment inventer le matériau idéal ? Pierre Sauleau collabore avec l’équipe de Compositic(5), pour créer un support artificiel apprécié par les éponges.

« Nous devons maîtriser la forme et la composition de ce support, indique Yves-Marie Corre, responsable technique à Compositic. Il doit être compatible avec le milieu marin, pas trop fragile mais biodégradable. » Sous la forme d’une petite grille, le matériau créé par une imprimante 3D devrait pouvoir rester une vingtaine d’années dans l’eau sans la polluer, puis se désintégrer naturellement.

Une expérience à Étel

Depuis l’an dernier, dans le cadre d’une expérience, l’équipe teste plusieurs matériaux en mer. Certains ne plaisent pas aux éponges, qui ne les colonisent pas. S’il n’est pas assez rugueux, les larves ne s’y accrochent pas. Mais l’un des matériaux, à base de poudre de coquille d’huître, semble répondre aux critères. Immergé depuis le mois de septembre dans le port d’Étel, l’éponge Hymeniacidon perlevis pousse dessus ! Pierre Sauleau mesure le taux de survie et la croissance de l’animal. « Cette éponge peut grandir d’un centimètre par an. En la photographiant tous les trois mois, nous suivons son développement. »

Pour les ostréiculteurs

Ce projet financé pour deux ans, par l’Agence française de la biodiversité et par la Région Bretagne, intéresse les ostréiculteurs. Car outre leur capacité à absorber les polluants, les éponges se nourrissent de bactéries. Leur présence pourrait limiter les concentrations en Escherichia coli(6) dans les huîtres. C’est un des critères importants à respecter pour la vente et la consommation du bivalve.

En attendant, de nombreuses questions animent le chercheur : quelle quantité de polluants accumule l’éponge et peut-elle les rejeter dans le milieu ? Et que fait-on ensuite de l’éponge ? « Nous voulons aussi comprendre comment les éponges s’adaptent aux changements du milieu marin. » Ces organismes, qui existent depuis 630 millions d’années, gardent encore de nombreux mystères pour les chercheurs.

Marion Guillaumin

(1) Également appelées spongiaires.
(2) Elles peuvent concentrer des métaux lourds comme le plomb et dégrader des contaminants.
(3) Laboratoire de biotechnologie et chimie marines (Université Bretagne Sud).
(4) Culture des éponges.
(5) Plate-forme spécialisée dans la conception 3D de biomatériaux, à Ploemeur. Lire Composites : la nouvelle ère, Sciences Ouest n° 357, décembre 2017.
(6) Cette bactérie indique une contamination fécale.

Pierre Sauleau
Tél. 02 97 87 45 19
pierre.sauleau@univ-ubs.fr

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