La zone humide stocke du CO2

Climat : de l'air, vite !

N° 369 - Publié le 4 février 2019
Thierry Le Rouzo
Une zone humide près du château de Suscinio, sur la presqu'île de Rhuys (Morbihan).

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Les étangs, les tourbières et les prairies humides captent les gaz à effet de serre.

À l’échelle mondiale, 20 à 30 % du carbone stocké dans le sol seraient situés dans les zones humides. Celles-ci constituent 5 à 8 % des écosystèmes terrestres et sont des puits de carbone. À l’échelle de la Bretagne, il est difficile d’évaluer les quantités de carbone que ces espaces peuvent capter.

Étangs, tourbières

Plusieurs milieux naturels aux fonctionnements divers sont regroupés derrière l’expression “zones humides”. Et leurs capacités de stockage varient. En Bretagne, ce sont des étangs, des tourbières, des prairies humides et des bords de cours d’eau. Dans ces espaces, l’eau, la baisse de température et le manque d’oxygène ralentissent la biodégradation des végétaux. Cette matière, ainsi que le carbone qui la compose, s’accumule sur place au cours des siècles.

Mais les zones humides émettent aussi du méthane, un autre gaz à fort effet de serre ! « Des études démontrent qu’après un certain nombre d’années, une zone humide joue plutôt le rôle de puits de carbone », explique Simon Dufour, géographe à l’Université de Rennes 2(1). Le changement climatique lui-même vient complexifier l’équation : il pourrait modifier les processus en jeu. Par exemple, si les sécheresses diminuent les apports en eau vers une zone humide.

Urbanisation, drainage

Pour évaluer les capacités locales de stockage de carbone, il faut connaître l’étendue des zones humides en Bretagne. Elle est actuellement estimée entre 8 à 12 % du territoire. Une cartographie(2) par modélisation a été réalisée en 2014 par l’Inra et Agrocampus Ouest. Des zones humides “potentielles” ont été identifiées, mais elles ne sont pas forcément efficaces pour séquestrer le carbone. Pourquoi ? Cela dépend de leur âge, mais surtout de leur dégradation par l’urbanisation ou leur drainage pour l’agriculture.

Un nouvel inventaire est en cours dans le Finistère. À partir de photos aériennes et d’études sur le terrain, la cellule d’animation des milieux aquatiques(3) inventorie et cartographie les zones humides du département. Cet inventaire s’étend actuellement aux autres départements bretons. Essentielles pour la biodiversité et le climat, les zones humides sont l’un des habitats naturels qui a le plus régressé en France au siècle dernier.

Alice Vettoretti

(1) Au sein du laboratoire Littoral, environnement, géomatique, télédétection (LEGT).
(2) Cette cartographie a été réalisée à partir de données sur le relief et la nature des sols.
(3) Forum des marais atlantiques et département du Finistère.

Simon Dufour, tél. 02 99 14 18 46,
simon.dufour@univ-rennes2.fr
Blandine Lemercier, tél. 02 23 48 52 29,
blandine.lemercier@agrocampus-ouest.fr

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