La gestion des sols est notre alliée

Climat : de l'air, vite !

N° 369 - Publié le 4 février 2019
Rodolphe Marics
Vue aérienne du bocage en Ille-et-Vilaine. Un feu a été allumé pour l’entretien traditionnel d’une haie.

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Chercheurs et acteurs territoriaux étudient l’apport du sol. Pour que les bonnes décisions soient prises.

« Notre consortium est un peu atypique, note Christian Walter(1), professeur Inra(2) à l’Agrocampus Ouest, à Rennes. Nous réunissons des équipes de recherche en sciences du sol, hydrologie, écologie et économie... avec le bureau d’étude SCE(3) et le pôle métropolitain Nantes Saint-Nazaire. » Ce groupe de chercheurs et d’acteurs territoriaux étudie les services écosystémiques du sol, dans le cadre du programme Soilserv(4), soutenu par l’Agence nationale de la recherche.

Les services de la nature

« Les services écosystémiques sont les bénéfices que l’Homme retire de la nature », résume l’ingénieur-agronome. On y trouve des services de production de biomasse, pour l’alimentation par exemple, ainsi que des services de régulation, comme le stockage du carbone dans le sol. Rendus gracieusement par la nature, ces services contribuent à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, tout en assurant la rentabilité des terres. À condition d’être pris en compte lors des décisions d’aménagement des territoires. « Selon la vision classique, les sols agricoles servent exclusivement à produire, car ils sont essentiels à la sécurité alimentaire, explique Christian Walter. Nous pouvons améliorer cette production alimentaire, tout en préservant les sols et l’ensemble des services qu’ils rendent. »

La chaîne de décisions

C’est le but du projet SoilServ. Commencé en 2016 pour 4 ans, ce programme veut répondre à trois questions : « Comment évalue-t-on les services écosystémiques ? Connaît-on assez les sols pour que l’évaluation soit efficace ? Et après avoir évalué les services, qu’en faisons-nous dans la chaîne de décisions ? » La première question correspond au premier volet de l’enquête, déjà bien avancée. « Nous sommes prêts à faire le lien avec les chaînes de décisions. Nous poursuivons l’acquisition de résultats cette année et publierons l’étude en 2020. »

Dans le cadre de ce dernier volet, un agriculteur est partenaire du projet. En collaboration avec une équipe d’économistes de l’Inra, l’objectif est de mieux gérer ses parcelles, en augmentant leur teneur en carbone et en limitant les intrants (engrais). Un autre acteur de ce volet est le Pôle métropolitain Nantes Saint-Nazaire. Cette institution s’appuie sur les études réalisées dans le cadre de SoilServ pour orienter le développement agricole et urbain de son territoire, en prenant en compte le changement climatique.

Carbone du sol : augmenter le stock

L’initiative “4 pour 1000”(5) a été lancée lors de la Cop21, à Paris en 2015. Son but ? Augmenter la capture du carbone par les sols cultivés pour stopper l’accroissement du CO2 dans l’atmosphère. Il faudrait augmenter le stock dans le sol(6) de 0,4 % par an(7). Cela veut dire arrêter de détruire les forêts, ne pas laisser le sol des cultures à nu après la récolte, restaurer les sols dégradés, planter des arbres... Tous ces moyens favorisent une génération supplémentaire de biomasse, permettent de capturer du carbone et de produire assez pour nourrir la planète. Mais attention, cette solution “facile à mettre en œuvre” ne ralentirait que provisoirement l’accroissement du carbone dans l’air : lorsque cette biomasse mourra, elle rejettera du carbone ! D’ici là, grâce à l’étude des sols et de leur capacité à le capturer, peut-être aura-t-on trouvé une solution de stockage plus définitive.

Claire Guérou

(1) Christian Walter est directeur adjoint de l’unité Inra - Agrocampus Ouest SAS (Sol, agro et hydrosystème, spatialisation).
(2) Institut national de
la recherche agronomique.
(3) SCE est une société du groupe Keran, spécialisée dans la planification territoriale.
(4) Projet d’évaluation multi-échelle des services écosystémiques des sols au sein d’agroécosystèmes.
(5) Lire le dossier Inra : Des sols pour la sécurité alimentaire et le climat (www.inra.fr).
(6) Le stock de carbone du sol est deux à trois fois plus important que celui de l’atmosphère.
(7) Soit 4 ‰ par an.

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