Il mesure le bilan carbone d’une prairie

Climat : de l'air, vite !

N° 369 - Publié le 4 février 2019
Alexis Chézière
Le mât est équipé d’un anémomètre (à gauche). Celui-ci est constitué de six capteurs, pour mesurer la turbulence du vent. Le cylindre blanc est une cellule qui mesure la concentration en CO2.

Un chercheur de l’Inra mesure les gaz à effet de serre qui circulent entre une prairie et l’atmosphère.

Planté au milieu d’un champ d’une ferme expérimentale de l’Inra(1) en Ille-et-Vilaine, un drôle de mât attire le regard. Il s’agit d’une “tour à flux”, utilisée par le chercheur Christophe Fléchard. Ce dispositif sert à mesurer les flux de CO2 entre le sol, la végétation et l’atmosphère. « Le mât a été installé début janvier pour établir le bilan carbone(2) d’une prairie en Bretagne. » Sur le mât, deux appareils sont déjà en fonction. « Pour évaluer les flux de CO2, nous utilisons une cellule de mesure. Elle pompe 15 litres d’air par minute et quantifie la concentration de CO2 dans cet air vingt fois par seconde. » Un anémomètre mesure les turbulences de l’air. Elles sont causées par le vent, qui transporte le CO2 du sol à l’atmosphère, et inversement. « Il existe trois autres sites dans la région, dont une deuxième tour à flux installée il y a un an dans une tourbière en Ille-et-Vilaine. »

Pendant vingt ans

D’ici deux ans, ces dispositifs pourraient intégrer le réseau européen de recherche Icos(3), qui observe et suit les flux de gaz à effet de serre depuis 2013, pour une durée de 20 ans. Si longtemps ? « Nous ne menons pas seulement un projet de recherche de trois ans, appuie Christophe Fléchard. Les gaz à effet de serre sont un problème de long terme, nous n’aurons pas de réponse en claquant des doigts. »

Prairie avec de l’engrais

Le scientifique alerte sur le risque de transfert de pollution. « Une prairie gérée de manière intensive, en ajoutant de l’engrais, peut stocker davantage de carbone qu’une prairie extensive, qu’on laisse pousser sans labourer. Car une production végétale importante stocke plus de carbone. Mais cette prairie avec de l’engrais va aussi émettre du protoxyde d’azote (N2O)(4), un gaz au pouvoir de réchauffement global 300 fois plus élevé que le CO2. Le bilan des gaz à effet de serre doit tenir compte de tous les gaz ! C’est pour cela que sur un autre site, près d’ici, nous évaluons également les émissions de N2O(5). » Des vaches viendront ce mois-ci, durant quelques jours, sur la prairie. Le gaz à effet de serre qu’elles produisent sera aussi mesuré.

Claire Guérou

(1) Institut national de la recherche agronomique.
(2) Différence entre le carbone que la prairie émet sous forme de CO2 et le carbone organique qu’elle stocke.
(3) Integrated carbon observation system.
(4) Lire Azote : à la recherche de la bonne dose, Sciences Ouest n° 363, juin 2018.
(5) En utilisant des chambres de mesure.

Christophe Fléchard, tél. 02 23 48 52 22, chris.flechard@rennes.inra.fr

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest