L’exploratrice du paléolithique

N° 367 - Publié le 5 décembre 2018
Julie Lallouët-Geffroy
Anne-Lyse Ravon tient une pierre taillée il y a 500 000 ans. Cet outil permettait de fendre les os pour récupérer la moelle.

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L’Archéologue Anne-Lyse Ravon étudie les techniques des néandertaliens, des deux côtés de la Manche.

Toute petite, Anne-Lyse Ravon voulait déjà être archéologue. À 35 ans, elle est chercheuse associée au Creaah(1) à Rennes et responsable du site de fouilles de Menez-Dregan, dans le Finistère. L’un des deux sites français(2) du paléolithique inférieur. Cette période, la plus ancienne de l’humanité, commence en Bretagne il y a plus de 500000 ans.

La Manche à sec

C’est avec un sourire d’enfant ravie que la scientifique, lauréate du Prix Bretagne dans la catégorie “Sciences humaines et sociales” partage ses trouvailles. « Vous savez qu’à certaines périodes, on pouvait aller à pied du Massif Armoricain à l’Angleterre ? Qu’il y avait des éléphants, des rhinocéros et des hyènes en Bretagne ? » L’air estomaqué de l’auditrice l’incite à développer. « Il y avait des périodes froides il y a 450000 ans. La Manche était à sec et les hommes ont pu traverser. Ce sont les traces de ces migrations que j’observe. En l’occurrence, les cailloux taillés. »

Avant de devenir une spécialiste des cailloux préhistoriques, l’enfant qui rêvait d’être archéologue a fait du chemin. Elle a d’abord surmonté deux échecs en première année de licence. Étudiante en histoire de l’art et archéologie à l’Université Rennes 2, elle participe un jour aux fouilles du site de Menez-Dregan, près de Plouhinec, dans le Finistère. « C’était la première fois que je nettoyais le sol avec une truelle et des outils de dentiste, pour essayer de comprendre ce qu’il révélait. Cela a déterminé le reste. »

Cette rencontre avec le paléolithique l’amène à se spécialiser à l’Université Paris 1. Mais la vie parisienne est une douche froide. Trop cher. Avec sa licence en poche, elle arrête ses études et devient surveillante dans un collège pendant deux ans. « C’était une période difficile, mais ça m’a permis de renflouer les caisses et d’être sûre de moi. J’ai repris un master, toujours en archéologie mais à Rennes, tout en continuant de travailler. »

Chaque été, elle retourne sur le site de Menez-Dregan. Elle devient une fine connaisseuse du site. Au point qu’elle en dirige les fouilles à sa reprise d’études ! Elle se lance dans une thèse de quatre ans et demi, consacrée à ce site. Elle répertorie, trie et classe les 150000 pièces trouvées sur place et fait une découverte. « J’ai montré que les groupes qui vivaient à Menez-Dregan venaient probablement d’ailleurs, car ils utilisaient des techniques de taille de pierre déjà vues en Europe, comme en Angleterre. Cela éclaire sur les flux migratoires. »

Au British Museum

Cette analyse l’a conduite, fin octobre, de l’autre côté de la Manche. Celle qui se rêvait en Indiana Jones réalise un postdoctorat au British Museum. « Des pièces travaillées de la même manière qu’à Menez-Dregan ont été trouvées au sud de l’Angleterre. Notre hypothèse est que des prénéandertaliens et des néandertaliens ont migré dans les deux sens. Je vais essayer de le confirmer. »

Julie Lallouët-Geffroy

(1) Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire (CNRS, Universités de Rennes 1, Rennes 2, Nantes et Le Mans, Inrap, Osur, MSHB).
(2) L’autre site est à Tautavel, près de Perpignan.

Anne-Lyse Ravon
al.ravon@hotmail.fr

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