L’exploration du lac de Grand-Lieu
Actualité
Près de Nantes, cette réserve naturelle révèle une richesse incroyable.
Au sud-ouest de Nantes, le lac de Grand-Lieu est une réserve naturelle. Ce lac peu profond(1) abrite une biodiversité incroyable. Il est l’un des plus grands lacs de plaine de France. L’été, il ressemble à un grand champ de nénuphars, et l’hiver il couvre plus de 6300 hectares ! Alexandrine Pannard, spécialiste en écologie aquatique au laboratoire Écobio(2) à Rennes, veut comprendre son fonctionnement. « Je n’ai jamais vu un lac avec une telle diversité ! Toute l’année mon filet est saturé. Le lac est très riche en phytoplancton, en termes de biomasse(3) et d’espèces. C’est incroyable. » Depuis plus d’un an, elle parcourt chaque mois plusieurs kilomètres en bateau(4) pour prendre des mesures. Cela peut durer près de sept heures, surtout si le bateau se coince dans les châtaignes d’eau(5) ! Les sorties sur le terrain sont prévues jusqu’au printemps prochain, mais cette étude(6) donne déjà des résultats.
« La richesse du lac est certainement due à sa taille. Comme il est très grand, de nombreux espaces se créent, avec leur propre diversité. C’est cela qui m’intéresse scientifiquement. » Les gestionnaires de la réserve suivent les oiseaux, les poissons, les écrevisses et les végétaux aquatiques (macrophytes), comme les nénuphars. Jusqu’à présent, l’Agence de l’eau faisait des prélèvements à un seul point du lac, tous les quatre ans. Cela ne suffit pas, d’autant que ce point-là n’est pas le plus représentatif. « Il a fallu dans un premier temps établir un protocole pour caractériser les zones contrastées », note la chercheuse.
Nénuphars et plancton
Quand le vent souffle, tout se mélange. Quand le soleil culmine, le lac peut gagner 5 °C en une journée. Les nénuphars ont un rôle important dans la vie du lac. Lorsqu’ils sortent en avril, puis couvrent la surface, ils réduisent la turbulence localement. L’eau est riche en particules, elle chauffe vite. « La température augmente et on observe un relargage important des phosphates, de silice et d’ammonium. La colonne d’eau est moins mélangée », explique l’écologue. Ces résultats ont été obtenus grâce aux mesures prises à quinze endroits du lac. À chaque point, avec une sonde, plusieurs paramèt0res sont relevés, comme la température, la turbidité(7) et l’oxygène. Les concentrations en nutriments sont déterminées à partir des prélèvements d’eau.
Du côté du plancton végétal (phytoplancton), sa forte présence l’hiver surprend Alexandrine Pannard. L’explication pourrait se trouver dans la douceur des dernières saisons hivernales. « Nous avons également repéré une hétérogénéité des communautés de rotifères. Ils représentent une grande partie du zooplancton. » Selon les zones, près d’une arrivée d’eau, en présence de nénuphars ou au contraire en zone libre, les espèces de plancton varient. « Comme s’il y avait des plans d’eau collés qui ne se mélangent pas. »
Jour et nuit
Les mesures sont prises régulièrement. Mais que se passe-t-il entre chaque prélèvement ? « Nous voulons suivre le lac plus souvent, de jour comm e de nuit, tout au long de la colonne d’eau. » Un outil innovant est en phase de développement au laboratoire Écobio, à l’Osur(8). La température sera relevée tous les centimètres, toutes les dix minutes, de la surface jusqu’au fond. Le dispositif sera connecté à une station météorologique.
Autre particularité, le matériel sera doté d’un capteur de pression pour mesurer la hauteur des vagues en cas de vent. « On essaie de mettre au point un outil qui ne va pas perturber la masse d’eau, ni la réchauffer. C’est tout un challenge ! » L’analyse de toutes ces données permettra de caractériser le fonctionnement du lac de Grand-Lieu et sa variabilité spatiale. Un cahier technique, destiné à accompagner les gestionnaires, leur sera proposé l’été prochain. À terme, les eaux du lac de Grand-Lieu n’auront plus de secret pour eux !
(1) Profondeur maximale de 3,5 m seulement.
(2) Laboratoire Écosystèmes, biodiversité, évolution (CNRS, Université de Rennes 1) au sein de l’Osur. (3) Quantité de matière vivante par unité de volume.
(4) Le plus souvent piloté par un gestionnaire de la Réserve nationale.
(5) Plante aquatique vivace.
(6) Lancé en février, ce projet est financé par l’Agence de l’eau
Loire Bretagne et le fonds européen de développement régional (Feder) Plan Loire.
(7) Disparition de la lumière dans l’eau.
(8) Observatoire des sciences de l’Univers de Rennes.
Alexandrine Pannard,
tél. 02 23 23 59 92,
alexandrine.pannard@univ-rennes1.fr
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