Des pesticides pas toujours utiles
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Deux études montrent l’efficacité de solutions alternatives.
Et si la meilleure solution pour l’agriculture était de ne pas utliser d’insecticide ? Deux projets différents menés par des chercheurs rennais le montrent. Le premier est une étude à laquelle a contribué Stéphanie Aviron, écologue à l’Inra(1). Elle a synthétisé avec ses collègues les résultats de 177 études sur les ravageurs des cultures. Trois menaces sont identifiées : les mauvaises herbes, les consommateurs de végétaux et les vecteurs de maladies. La fréquence des nuisibles a été comparée entre agriculture conventionnelle et biologique. Premier constat de cette étude, publiée l’été dernier : l’agriculture bio est davantage touchée par les ravageurs. Mais quand on regarde dans le détail, la situation n’est pas si négative pour le bio.
Les mauvaises herbes
Les limaces et les autres animaux qui se nourrissent des cultures sont aussi nombreux dans les champs avec ou sans pesticides ! Les maladies sont moins fréquentes quand le champ n’est pas traité. « Il y a plus de régulation naturelle en agriculture biologique », résume Stéphanie Aviron. L’absence d’insecticides est en effet bénéfique aux insectes prédateurs, comme les carabes. Ceux-ci consomment les insectes qui mangent les végétaux et les organismes vecteurs de maladies. Et de nouvelles espèces, qui n’endommagent pas les cultures, sont en compétition avec les ravageurs. Enfin, les parasitoïdes, ces insectes qui pondent leurs œufs à l’intérieur des ravageurs, sont plus nombreux. En se développant, les larves tuent leur hôte. Les mauvaises herbes jouent aussi un rôle dans cette régulation : « Elles offrent, par exemple, des abris pour les carabes et du nectar aux syrphes. » Les syrphes sont des mouches dont les larves ont le bon goût de se nourrir de pucerons.
Les fleurs favorisent ces insectes auxiliaires, nos alliés contre les ravageurs des plantes cultivées. C’est justement le thème de recherche de Maxime Damien. Doctorant dans le laboratoire Écobio(2), il vient de soutenir sa thèse, co-encadrée par Joan Van Baaren et Cécile Le Lann. L’idée : planter des bandes fleuries le long des champs de blé, pour favoriser les parasitoïdes de pucerons(3).
Un mélange de fleurs
L’équipe s’est intéressée à la régulation des pucerons en hiver. S’ils sont abondants en cette saison, ils se reproduiront davantage au printemps. Les chercheurs ont testé au laboratoire quelles sont les fleurs les plus bénéfiques aux parasitoïdes : le sarrasin mais aussi la féverole et le bleuet. Leur nectar permet aux parasitoïdes de survivre deux à huit fois plus longtemps que sans nourriture ! Pour bichonner ces ennemis des pucerons, l’idéal est de leur offrir un mélange spécial de fleurs. Les parasitoïdes produisent alors du nectar à différentes périodes de l’hiver. Une année d’expérimentation sur le terrain a montré que, grâce aux couverts fleuris, 13 % de pucerons en plus sont parasités(4). Un résultat encourageant. Et encore, cette observation a été menée sur des cultures de moutarde, une plante peu favorable à la survie des parasitoïdes.
L’expérience a été renouvelée l’hiver 2016-2017, avec des plantes plus adaptées. Tout ne s’est pas déroulé comme prévu, car l’hiver a été le plus froid depuis 20 ans et les parasitoïdes ne sont pas sortis. Mais leurs prédateurs, araignées ou carabes, alliés de l’agriculteur, étaient toujours actifs dans les champs avec des fleurs ! « C’était inattendu, explique Maxime Damien. Jusqu’à présent, nous pensions que les prédateurs étaient en diapause(5) durant cette période de l’année. Les bandes fleuries ont créé une zone avec une température plus douce. Les prédateurs se sont déplacés entre ces habitats et les champs. Ils ont dû contribuer à la régulation des pucerons. » L’hiver dernier, le nombre de pucerons et le taux de parasitisme étaient faibles, avec ou sans bandes fleuries. Les différences d’une année sur l’autre s’expliquent notamment par les conditions météorologiques.
Cette étude a montré que les cultures conventionnelles et biologiques ont le même nombre de pucerons. Ce résultat interroge sur la nécessité d’utiliser les pesticides de façon systématique.
(1) Biodiversité, agroécologie et aménagement du paysage (Inra, Agrocampus ouest).
(2) Écosystèmes, biodiversité, évolution (Écobio), à l’Osur (Université de Rennes 1, CNRS).
(3) Lire Des fleurs contre les pesticides, Sciences Ouest n° 341, avril 2016.
(4) Damien et al 2017 Agriculture, Ecosystems and Environment.
(5) La diapause est une période de vie ralentie.
Stéphanie Aviron
tél. 02 23 48 57 69
stephanie.aviron@inra.fr
Joan Van Baaren
tél. 02 23 23 50 27
joan.van-baaren@univ-rennes1.fr
Cécile Le Lann
tél. 02 23 23 44 82
cecile.lelann@univ-rennes1.fr
Maxime Damien
maximedamien15@gmail.com
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